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jeudi 7 juin 2012

La terre qui tremble


Les temps ont changé. La terre a tremblé. Ma vie ne sera plus jamais la même.

J’ai fait un lapsus en rédigeant cette phrase : j’ai écrit la « mienne » plutôt que la « même ». Ma vie ne sera plus jamais la mienne. Parce que je suis une maman. La mère de trois merveilleuses petites filles pleines de courage et de vigueur. Mon unique priorité dorénavant est de m’assurer qu’elles soient bien, qu’elles aient tout ce qui leur faut pour guérir, grandir, devenir des petites humaines surprenantes.

Quand j’étais enceinte, j’en avais l’impression, maintenant, j’en possède la conviction : Léa, Alice et Béatrice vont changer le monde. Elles ont d’abord changé le mien, puis, bientôt, elles changeront le vôtre. Elles sont venues ici parce qu’elles avaient de grandes choses à accomplir. Entourées des autres enfants de leur génération, elles se chargeront de modifier le cours de l’histoire, de mettre fin à notre torpeur, de faire avancer les causes les plus nobles. De réaliser les rêves que nous mijotons depuis si longtemps mais auxquels nous n’avons jamais eu la force de donner vie.

Tous s’entendent pour dire qu’il se passe quelque chose d’extraordinaire au Québec en ce moment – extraordinaire dans le sens de « en dehors de l’ordinaire ». Nous assistons au réveil d’un peuple qui trop longtemps s’est laissé endormir par les discours politiques et autres puissants somnifères. La jeunesse a envahi les rues et crié au visage de ses aînés leurs quatre vérités. Plusieurs, beaucoup moins jeunes, ont emboîté le pas et choisi de militer auprès de leurs enfants. Un incroyable élan de solidarité s’est emparé des citoyens, des voisins individualistes à qui nous n’avions jamais parlé auparavant, des quidams les moins politisés. Les gens descendent ensemble dans la rue pour faire valoir une cause commune. Nous semblons redécouvrir peu à peu le sens des mots bien commun et projet de société.

C’est dans ce contexte effervescent que j’ai donné naissance à mes triplettes. Et à une échelle plus personnelle, j’ai pu remarquer à quel point les gens peuvent être généreux, solidaires et dévoués. J’ai reçu des dizaines et des dizaines de mots d’encouragement, des dons en argent, des sacs de vêtements, des jouets, divers articles pour bébés, la plupart du temps de la part de personnes que je connaissais peu ou prou. Des inconnus ont fait preuve d’une incroyable grandeur d’âme à mon égard. Beaucoup se sont laissés toucher par mon histoire. Émus, ils ont voulu y contribuer, par de petits gestes, de sincères paroles. Jamais je n’aurais pensé qu’une naissance pouvait soulever autant d’enthousiasme et déclencher de si belles vagues de bonté. Par les réactions que leur venue a provoquées, déjà, Léa, Alice et Béatrice ont à mes yeux changé le monde ou, du moins, l’opinion que j’avais de celui-ci.

Le monde change, oui. Il bouge. Au propre comme au figuré. En Italie en ce moment, il vibre sans cesse. Sous les pieds apeurés la terre se meut. Le paysage se refaçonne et fait frémir un peuple désemparé devant la force inexpugnable de la nature. La ville d’origine du père de mes enfants est présentement « zone rouge ». C’est l’état d’alerte. Le centre historique est fermé depuis des semaines, devant la menace d’écroulement de certains buildings – dont certains datent de l’époque médiévale. Si j’étais restée en Italie comme prévu, je serais probablement en train d’accoucher en pleine nature en ce moment, car l’hôpital de Carpi a été fermé et les patients ont été placés dans des tentes dans le parc adjacent. Les grands-parents des triplettes, qui ne peuvent rien faire d’autre qu’espérer que les secousses s’estompent et que le calme revienne, passent leur journée à attendre que le temps s’écoule et qu’arrive le moment de leur départ pour le Québec, où ils viendront en août prochain. Ils regardent les photos de leurs petites-filles et cela leur procure le courage nécessaire pour passer au travers de cette épreuve. Léa, Alice et Béatrice, petites porteuses d’espoir. Visages inspirants, moues apaisantes, regards déterminés.

La terre tremble. Le monde change. L’avenir est incertain et le présent, confus. Dans tout ce chaos, les enfants sont la seule certitude que nous puissions avoir. Grâce à eux, nous gagnerons. La vie aura raison, et tout ce qui tente de la ternir, de l’ensevelir, de la briser, périra sous les armes des guerriers solidaires. 

lundi 23 janvier 2012

Ce qui manquera, ce qui se fera vite oublier


Beaucoup plus rapidement que prévu, voilà que l’heure des bilans est arrivée. À quelques jours de notre retour au Québec prématuré, je ne peux m’empêcher de dresser quelques listes mentales et de m’amuser à répertorier ce qui va me manquer de l’Italie et ce dont, au contraire, je ne m’ennuierai pas du tout.

Les petites joies dont je serai nostalgique

·    La tradition. La famille de F. en est une charmante, constituée de très bonnes personnes, généreuses et accueillantes. Ils n’ont rien à voir avec les idées que nous nous faisons généralement de la famiglia italiana, qui réfèrent principalement aux familles du Sud, souvent beaucoup plus nombreuses et « exubérantes ». Ils sont plutôt de très bons représentants de la culture italienne du Nord, fiers porteurs de traditions qui malheureusement risquent de se perdre au cours des prochaines décennies, faute d’avoir des générations prêtes à prendre la relève.

Ce week-end, nous avons fait un repas familial avec les tantes, les cousins, les cousines, les grands-parents. Nous étions 24 autour de la table. Cela faisait des années qu’ils n’étaient pas parvenus à réunir autant de gens pour célébrer. Le zio (oncle) Remo a fait un exquis bouillon de capon que nous avons savouré avec les passatelli que la zia (tante) Giovanna avait préparés. Comme plat principal, nous avons dégusté le fameux canard à l’orange de cette dernière (une recette absolument pas italienne, mais qui demeure mythique dans la famille Malavasi). La veille, avec F. et Remo, nous étions allés chez Giovanna pour apprendre à cuisiner le canard à l’orange, afin que la tradition (non conventionnelle) de ce plat ne se perde pas avec les années. Je suis désormais mandatée pour faire vivre la tradition à l’extérieur des frontières. Nous avons même prévu organiser un repas de famille virtuel l’an prochain, en prévision duquel nous cuisinerons tous un canard, chacun de son côté de l’océan…

·     Les apéros. Quoi de mieux que de prendre un verre entre amis le vendredi soir, suivi d’une bonne pizza ou d’un gelato ? La formule des apéritifs italiens est décidément gagnante : dans la plupart des bars, avec toutes les consommations, on a droit à un petit buffet froid à volonté. Mortadelle, prosciutto (vous vous rappelez comment prononcer ce mot, n’est-ce pas ?!), parmesan arrosé de vinaigre balsamique traditionnel, mini panini, olives, croustilles, salsa, crudités, etc., le tout, complètement gratis. C’est un peu la version italienne des fameux tapas espagnols. Je prédis un grand avenir à quiconque osera ouvrir un bar proposant le même concept au Québec…
·      La campagne – avec ses vignes, ses vieilles maisons de pierres à moitié détruites, ses champs jaunes et verts. À plusieurs reprises, F. et moi sommes allés nous perdre en voiture ou en bicyclette dans la campagne de l’Émilie-Romagne, simplement pour nous imprégner du paysage, respirer les relents de parmesan et de Lambrusco. La beauté de la campagne italienne, c’est qu’elle est toujours proche ! Comme le territoire est plutôt restreint et la densité de la population très élevée, tout ici est plus rapproché. Les centres-villes côtoient les vignobles, les tracteurs partagent la route avec les voitures. Suffit souvent de marcher 10 ou 15 minutes pour se sentir au beau milieu de nulle part. Pourtant, la vie n’est jamais bien loin.

·      Le vin (bon et pas cher). Même si depuis novembre je ne bois pratiquement plus en raison de ma grossesse et que je trouve affreux d’être soumise quotidiennement à la tentation sans jamais pouvoir boire plus d’un demi verre ! N’empêche, les bonnes bouteilles de Sangiovese, de Chianti, de Montepulciano, de Traminer et de Franciacorta disponibles pour seulement deux, trois, cinq ou maximum dix euros, bon sens, ça va être difficile de s’en passer !

·      La possibilité de voyager partout en Europe pour presque rien. Finalement, en raison des récents événements, nous n’aurons pas pu profiter beaucoup de notre présence en Italie pour visiter d’autres pays européens et cela représente probablement ma seule vraie déception – pas un regret, juste un petit pincement au cœur, car de toute façon, une autre grande aventure m’attend.

Je rêve du jour où nos gouvernements comprendront la nécessité d’investir dans les moyens de transport autres que l’automobile afin de favoriser la mobilité des citoyens à l’intérieur de leur propre pays et leur connectivité avec le reste du monde. Notre réseau ferroviaire fait affreusement pitié, et c’est sans parler de notre système de transport aérien. Est-ce normal que cela coûte plus cher de faire Montréal-Vancouver que Montréal-Paris ? Non ! Le jour où le Canada sera connecté à lui-même grâce à un système de transport diversifié, écologiquement responsable et innovateur, peut-être que je serai fière de dire que j’appartiens à ce pays. En attendant, je vais continuer de dire que je suis Québécoise avant d’affirmer que je suis Canadienne. Et quand j’aurai ma citoyenneté italienne, dans moins de deux ans, probablement dirai-je que je suis Italienne avant de révéler que je viens du pays de Stephen Harper.


Les désagréments que je suis heureuse de laisser derrière moi

·      La tradition ! Autant je suis charmée par le désir des Italiens de préserver leurs traditions, de les garder bien vivantes, autant leur fermeture d’esprit par rapport aux traditions d’autrui peut m’agacer par moments. Comme je l’ai souvent répété, en Italie, il est impossible de manger autre chose que de l’italien traditionnel dans les restaurants. Il existe bien quelques restaurants chinois, japonais et brésiliens, entre autres, mais ils ne proposent que de pâles imitations de la cuisine traditionnelle de ces cultures, généralement revisitées de manière à plaire au palais capricieux des Italiens. On devrait donc plutôt parler de restos italiens d’influence chinoise, japonaise et brésilienne. Les Italiens ne semblent pas encore prêts à ouvrir leurs horizons, à tenter la nouveauté, à laisser l’inconnu les surprendre, et en tant que personne qui a vécu plus de huit ans à Montréal, une des villes au monde où l’intégration des autres cultures est la plus réussie, je ne peux que me désoler de ce manque de curiosité.

·      Le mémérage. Les Italiens sont de vraies commères ! La plupart de leurs conversations tiennent en fait davantage du potinage. Savais-tu qu’un tel, le cousin du voisin de ma sœur, tu sais, le fils de celui qui a eu la boucherie sur telle rue, pendant des années, oui, c’est ça, lui, le frère de l’ancien collègue de ta meilleure amie, eh bien, savais-tu qu’il a eu une grippe la semaine passée ?! J’exagère, mais à peine. Les Italiens sont friands de détails croustillants au sujet de TOUT LE MONDE. La mentalité de village est la norme. Je veux bien croire que j’habite dans une petite ville, mais tout de même, 70 000 habitants, ça commence à faire du monde et il me semble qu’on pourrait se trouver d’autres passe-temps que celui de commenter les vêtements, les ruptures, les maladies, les pertes d’emploi, les accidents, les rénovations de toutes les maudites personnes qui vivent dans notre communauté. Chez nous aussi cette mentalité existe évidemment, or, honnêtement, je ne l’ai jamais perçue de manière aussi vive. Moi aussi j’aime potiner, savoir ce qui est arrivé à certaines personnes dont j’ai perdu la trace, mais je ne passe pas mes soirées à enquêter sur les faits et gestes de tous les gens à qui j’ai un jour été liée de près ou de loin. Mes amis non plus ne font pas cela. Ni ma famille. De quoi on parle, je ne sais pas, sauf qu’il me semble que nos sujets sont un peu plus variés et… pertinents.

·      Le brouillard. Le brouillard est typique de l’Émilie-Romagne, la région où j’ai habité au cours des derniers mois. L’Italie est en majeure partie constituée de montagnes et l’Émilie-Romagne est une des rares plaines du pays. Son terrain plat est cependant ceinturé par les chaînes de montagnes de la Toscane, au Sud, et son climat est grandement influencé par la présence des Alpes, au Nord, dans le Piémont, en Lombardie et dans le Trentin–Haut-Adige. Tous ces colosses montagneux empêchent l’humidité de circuler, laquelle s’accumule donc au-dessus des villes et des champs émiliens. Cette année en fut une particulièrement chargée en brouillard, en raison de l’été qui fut exceptionnellement chaud. Vers la fin octobre, la chaleur accumulée dans le sol s’est mise à s’évaporer et à créer ces épais bancs de brouillard, qui refusaient de s’évanouir parfois pendant des semaines entières. Depuis, nous avons eu droit à quelques belles journées d’ensoleillement, cependant, dès que la température se réchauffe un peu et qu’une chaleur nouvelle s’accumule dans le sol, le soir venu, c’est le retour des nuages de brume. Impossible de voir à 20 mètres. Je préfère officiellement les tempêtes de neige.

·      La crise. J’étais au courant en m’en venant ici que je déménageais dans un pays qui ne se portait pas très bien économiquement parlant et dont l’ambiance générale n’était pas vraiment à la fête, or, je ne pensais sincèrement pas que cela se ressentirait autant. Sur les visages, dans les conversations (celles qui portent sur autre chose que la nouvelle paire de bobette du petit frère de la professeure de français du fils de la voisine), dans l’air, partout, traîne cette inquiétude. Les Italiens ont peur. Pour eux, l’avenir n’est plus une possibilité d’épanouissement mais bien un grand trou noir où ils risquent tous de s’enfoncer. Les jeunes n’ont pas d’emploi, ou quand ils en ont un, il est sous-payé, les vieux pas encore assez vieux pour être à la retraite ont peur de ne jamais pouvoir arrêter de travailler, le prix des loyers monte, ainsi que celui de tous les produits de base et, pendant ce temps, tout ce qu’on trouve à faire pour régler les problèmes de la population, c’est de chasser Berlusconi pour le remplacer par un président encore plus drastique que lui. Le Canada n’est pas à l’abris d’une récession, sa situation économique et politique est plutôt précaire depuis quelques années, toutefois, de l’espoir, il en subsiste. Et c’est ce que j’ai envie de donner à mes enfants : un pays où il est encore permis de rêver un minimum. En espérant que la contrée d’où vient leur père et où vit une grande partie de leur famille finira par remonter la pente. 

dimanche 8 janvier 2012

Comme prévu


J’ai toujours été angoissée par l’avenir. Je suis une personne très organisée qui prend plaisir à tout planifier mais, surtout, qui a besoin de tout organiser, afin de gérer sa crainte du futur étranger. Ne pas savoir ce qui m’attendait, ignorer si les choix que je faisais auraient les conséquences souhaitées sur mon avenir, l’incertitude de posséder tout ce qu’il faut pour affronter les imprévus, tout cela m’a souvent causé des nuits d’insomnie lorsque j’étais adolescente. Maintenant, je contrôle beaucoup mieux mon angoisse et j’accepte plus facilement de me laisser porter par la vague, même si j’ignore où elle finira par m’amener. Malgré tout, réside en moi la peur de ne pas avoir le temps de réaliser tous les projets que j’ai en tête.

Dernièrement, j’ai compris que je devais me débarrasser définitivement de cette peur. Qu’il me faudrait apprendre une bonne fois pour toute à faire confiance à la vie – pas seulement faire semblant de lui faire confiance. J’avais vaguement pris cette résolution au cours des dernières semaines de 2011, or, le début de 2012 me force à en faire carrément ma devise de vie. Je ne peux plus me permettre d’être effrayée par l’inconnu. Je dois l’envisager comme un phénomène positif, une source d’étonnement et d’extase. Parce que l’inconnu est désormais au centre de ma vie. Même mon présent se conjugue dorénavant à l’inconnu.

En novembre dernier, j’ai découvert avec grande joie que j’étais enceinte. F. et moi avions décidé de commencer à essayer de procréer uniquement le mois précédent et, déjà, un petit embryon avait accepté de s’accrocher aux parois de mon abdomen. Je fus agréablement surprise de constater à quel point il pouvait être facile de donner la vie et soulagée d’apprendre par le fait même que nous ne faisions pas partie des gens qui éprouvaient des problèmes de fertilité ! Mon début de grossesse s’est bien déroulé, mis à part quelques nausées et une grande fatigue, tout ce qu’il y a de plus normal, quoi. Lors de ma première rencontre avec la gynécologue italienne (aller voir le médecin n’est pas la chose que je préfère dans la vie, et disons qu’aller voir le médecin dans une autre langue, ça ne m’aide pas à apprécier l’expérience !), j’ai pu entendre le cœur de mon poupon battre dans mon ventre et une grande émotion s’est emparée de moi. De nous. F. allait devenir papa, c’était maintenant officiel, nous avions entendu la vie battre au creux de mon corps.

Le 27 décembre, j’avais rendez-vous pour ma toute première échographie. J’avais extrêmement hâte qu’on me confirme que mon bébé se développait normalement afin de pouvoir annoncer la nouvelle officiellement à tous mes amis. À peine trente secondes après m’être couchée sur la table de l’échographiste, ma vie a chaviré.

J’ai déjà une nouvelle pour  vous : ils sont deux. Tels furent ses mots. Premier choc. Un beau choc, mais un choc tout de même. Mes sœurs étant jumelles, j’avais toujours envisagé la possibilité de moi-même un jour donner naissance à des jumeaux, mais tout de même, on n’est jamais tout à fait préparé à ce genre d’annonce. F. a pris ma main et m’a flatté les cheveux. Moi, je suis partie à rire. D’un rire nerveux et incontrôlable.

Par la suite, pendant cinq minutes qui m’ont paru interminables, l’échographiste a scruté son écran, le front plissé, la main sur le menton et le regard interrogateur. Vraisemblablement, quelque chose n’allait pas. F. a demandé ce qui clochait. Rien. Tout va bien. Seulement, je ne suis plus si sûr qu’ils sont deux. Je pense en fait qu’ils sont trois. Deuxième choc. Encore plus grand que le premier. Reprise de mon fou rire incontrôlable. Spasmes d’émotions. F. a soudainement ressenti le besoin de s’asseoir. Même l’échographiste semblait bouleversé. Des triplés naturels, qui n’ont pas été conçus à la suite de cures de fertilité ou de fécondation in vitro, c’est un événement extrêmement rare. L’homme à la chemise blanche n’en revenait pas plus que nous.

L’échographe n’était pas très puissant, mais après une demi-heure de scrutage d’abdomen, l’homme a quand même pu nous confirmer qu’il y avait présence de trois fœtus. Il était incapable de nous en dire plus, car son écran ne lui permettait pas de voir davantage de détails, c’est pourquoi il nous a pris un rendez-vous pour la semaine suivante à l’hôpital, qui possède des équipements plus précis, afin que nous puissions mieux comprendre la situation. Mieux comprendre quel genre de party se déroulait dans mon ventre.

F. et moi sommes sortis de là abasourdis. Il faisait un soleil splendide dehors. Aveuglant. Nous ne comprenions plus rien. Que venait-il de se passer ? Nous étions rentrés au consultorio en étant convaincus que ma grossesse serait des plus sereines, tout fiers d’être les futurs parents d’un joli petit bébé, et nous en sommes ressortis avec un diagnostic de grossesse multiple à haut risque.

J’ai mis deux jours à me remettre de mon traumatisme. L’adrénaline retombée, une fatigue immense s’est emparée de moi. Soudainement, je ne me sentais plus si bien. Les discours pessimistes des médecins faisaient leur petit bonhomme de chemin en moi. Risque d’accouchement prématuré. Risque accru de malformations. Risque de complications encore plus élevé si deux des bébés partagent le même placenta. Amniocentèse. Trisomie. Réduction embryonnaire. Autres belles paroles négatives. Autres beaux discours pleins de désespoir.

Nous (moi et mes trois fœtus) sommes allés passer la deuxième échographie mardi dernier. Cette fois-ci, l’image était beaucoup plus claire. J’ai pu voir mes petits chats sautiller, se donner des coups de poing et faire des grimaces, fâchés qu’on trouble leur sommeil paisible. Deux d’entre eux voyagent effectivement dans le même placenta, ce qui signifie que ce sont des jumeaux identiques. L’autre navigue en solo, dans son petit navire juste à lui. Les trois ont tous leurs morceaux. Six jambes, six bras, trente orteils et trente doigts minuscules. Leurs cœurs battent normalement et tous se développent à un rythme similaire. Pour l’instant, ils ont les mêmes proportions qu’un fœtus « standard » qui évolue seul dans le ventre de sa mère. Ce qui explique pourquoi j’ai déjà une bedaine, après à peine 13 semaines de gestation.

Au départ, F. et moi projetions de rester en Italie jusqu’à l’accouchement, initialement prévu pour la mi-juillet, et revenir au Québec environ un mois après la naissance du bébé, pour lui laisser le temps de comprendre dans quel monde il venait de débarquer et, surtout, de connaître un peu ses grands-parents italiens. Or, maintenant, nos beaux plans ne tiennent plus la route. Retourner au Québec avec trois bébés, trois sacs à couches, trois tout, plus nos immenses valises, je ne suis pas sûre que je réussirais. De plus, les bébés seront presque assurément prématurés, ils auront donc besoin de soins spéciaux et s’il y a des complications, nous serions « prisonniers » de l’Italie. Il y a pire destin que celui d’être prisonnier de l’Italie, je sais, mais F. et moi voulons vraiment faire notre vie au Québec.

Ce voyage en sol italien se voulait une expérience, une brèche dans notre destin d’adultes responsables qui un beau jour devront se trouver un vrai boulot, une vraie maison, une vraie vie. Nous savions depuis le début que ce serait temporaire, même si nous ne fermions pas complètement la porte à la possibilité de prolonger notre séjour de manière indéfinie. L’idée d’être obligée de rester ici pour des raisons hors de mon contrôle ne m’enchante pas vraiment. Je préfère donc revenir chez moi pendant qu’il en est encore temps. Et selon les médecins, c’est maintenant que ça se passe. Le plus vite nous serons de retour au Québec, le mieux ce sera.

Nous avons acheté nos billets d’avion avant-hier : nous rentrons au pays le 3 février. Mais ça, c’est si tout se passe comme nous le souhaitons. Car depuis quelques semaines, il semble que plus rien ne se déroule comme nous l’avions prévu. 

mercredi 30 novembre 2011

Cette saison n'est pas l'hiver


Dernier jour de novembre. La folie du temps des Fêtes débutera bientôt. Mes beaux-parents, qui possèdent chacun un commerce, travailleront sept jours sur sept d’ici au 24 décembre afin de satisfaire les envies de surconsommation des clients les plus exigeants. Pour ma part, je n’ai jamais senti Noël aussi loin, aussi flou, aussi improbable.

Pour moi, Noël qui approche, c’est la première neige, la rue Sainte-Catherine envahie par la slush et les passants qui se traînent les bottes et qui se plaignent qu’il fait trop chaud dans les souterrains du métro ; Noël, c’est les décoration chez Simons, les promenades sur l’avenue Mont-Royal, un arrêt au Première Moisson pour prendre un chocolat chaud et un dessert trop cochon, l’odeur des clémentines mélangée à celle du sapin fraîchement récolté au Marché Jean-Talon, mes chats qui jouent avec les guirlandes, les films à Télé-Québec, un voyage en train jusque chez mes parents à Québec, une soirée de jeux et de rires avec mes sœurs, mon frère, mes parents, mon neveu, des journées complètes en pyjama à regarder la télé chez ma mère, un long bain chaud, lire un livre pendant qu’il fait tempête dehors et, le lendemain, aller faire de la raquette dans le bois ou patiner à l’anneau de glace du quartier. Ici, il n’y a rien de tout cela.

La neige est remplacée par le brouillard et l’humidité. Moi, la Canadienne, celle qui vient du Nord, qui a connu les moins quarante degrés Celsius, je passe mon temps à dire que j’ai froid. Le thermomètre italien a beau afficher une température extérieur de cinq degrés, je grelotte, car l’humidité perce la peau, pénètre tous les tissus et enrobe les os. Je passe mes journées avec une doudou sur le dos à rêver du froid de chez nous, blanc et sec.  

Mis à part rêver au vrai hiver, j’avoue ne pas faire grand-chose. Je n’ai pas envie d’écrire par les temps qui courent. Ce n’est pas pour rien que la semaine dernière, pour la première fois depuis que je suis partie, je n’ai pas nourri ce blogue. Mon ordinateur me rebute. Mon corps refuse de rester assis des heures devant l’écran. Non pas que je n’aie plus d’idées, seulement, celles que je possède voudraient pouvoir s’exprimer de manière plus physique, concrète, humaine. En ce moment, les mots ne me suffisent pas. J’ai besoin d’images, de gestes, de touchers, de couleurs, de sueur. Loin de moi l’idée d’abandonner l’écriture. Je désirerais simplement compléter l’écriture, lui trouver une compagne, un autre mode d’expression qui pourrait combler en moi les envies que la littérature ne parvient pas à assouvir. J’ai des fantasmes de théâtre, de bricolage, de peinture, de découpage, de photographie, de danse.

Au beau milieu d’un décor hivernal, bordé de blanc et de branches mortes, une immense scène, sur laquelle se tient une jeune femme rousse, habillée de violet et d’orangé. Elle parle, elle gesticule, déambule, avance, recule, s’adresse à une foule qui n’existe pas. Car cette saison n’est pas l’hiver. 



samedi 12 novembre 2011

Silence radio


Cette semaine, pour la première fois depuis que je suis arrivée en Italie, je n’avais pas envie d’écrire ce blogue. Non pas parce que je n’avais rien à raconter – je ne suis jamais à cours d’histoires –, mais plutôt parce que je me suis demandé à quoi ça servait.

Ce blogue, je l’écris en partie pour moi, bien sûr ; c’est une sorte de journal de bord, un lieu de mémoire et de réflexion, qui me permet de faire le point, de mettre mon expérience en perspective. Par contre, je l’écris d’abord et avant tout pour les autres – comme à peu près tous les textes que je produis. Le journal intime ne m’intéresse pas. Si j’écris, c’est pour communiquer. Partager, faire sourire, toucher, émouvoir, questionner. Et ma plus belle récompense, c’est lorsque les gens répondent à mon appel. Qu’ils prennent la peine de réagir à mes textes, de m’exprimer ce qu’ils ont provoqué en eux, de me témoigner leur colère ou leur gratitude, leur incompréhension ou leur désaccord. Or, ici, personne ne répond jamais. Le silence radio.

Certes, les péripéties dont je fais le récit ne se prêtent pas réellement aux débats, mais tout de même, je demeure convaincue que souvent, ce que je raconte mériterait d’être contredit, approuvé, alimenté, remis en question. Ce que nul ne fait jamais. Alors à quoi bon ? Cette écriture unidirectionnelle me comble peu.

Je trouve difficile de n’avoir pratiquement jamais de nouvelles des gens que j’ai laissés derrière moi (mis à part de ma mère, qui s’est découvert une passion pour Skype, et de deux ou trois personnes, un peu plus enclines à prendre le clavier). Ma principale source d’informations, ce sont les statuts Facebook. Un peu pathétique. C’est principalement grâce à eux que je sais ce qui se passe dans la vie de mes amis. Le problème vient peut-être de Facebook lui-même, en ce sens que les gens se disent qu’ils n’ont pas besoin de m’écrire directement, puisqu’ils savent que je peux tout apprendre via leur profil. Cependant, je ne passe pas mes journées à éplucher le babillard de chacun de mes amis pour voir ce qu’il y a de nouveau dans leur vie. Se rendent à moi uniquement les nouvelles que Facebook croit bon retenir et mettre sur mon fil d’actualité. Bref, aussi bien dire que j’ignore tout de ce qui vous arrive, chers amis du Québec.

Je sais que la plupart d’entre vous ne m’écrit pas sous prétexte que son quotidien n’a rien d’intéressant, que la vie suit son cours et que les événements marquants se font rares. Mais qu’en ai-je à faire des événements marquants, moi, ce sont les détails insignifiants qui m’intéressent ! Arrêtez de penser que votre vie ne mérite pas d’être racontée. Que parce que je suis en Italie, mon existence est digne d’être mise en mots, alors que la vôtre, non. La vie italienne ne vaut pas plus que la vie québécoise.

D’autres me répondront qu’ils ne sont tout simplement pas portés vers l’écriture, que la rédaction de courriel les emmerde et qu’ils préfèrent de loin parler de vive voix. Fine. Inscrivez-vous sur Skype alors ! Si ma non technologique de mère l’a fait, vous pouvez bien le faire ! Je passe mes journées devant l’ordinateur et je n’attends que ça, être dérangée par quelqu’un qui avait envie de me dire coucou.

À notre époque, la variété et l’omniprésence des médias et des moyens de communication n’offrent plus aucune excuse aux gens qui cherchent à expliquer pourquoi ils ne donnent jamais signe de vie. Cette variété et cette omniprésence rendent également encore plus amère la déception dans le cœur de ceux qui demeurent sans nouvelles de leurs proches, car ils savent bien que ce ne sont pas les moyens de communication qui manquent. Alors que manque-t-il ? L’intérêt, probablement.

Les exilés modernes souffrent du foisonnement des modes de communication, qui met exagérément en relief le fait que la majorité du temps leur téléphone fixe et leur cellulaire restent muets, tandis que leurs nombreuses boîtes courriel et leurs boîtes aux lettres demeurent vides. Les pèlerins moyenâgeux, les nomades du désert et les soldats envoyés à l’autre bout du monde lors des multiples guerres des siècles précédents n’espéraient pas recevoir de nouvelle de qui que ce soit. Alors, lorsqu’une lettre, un télégramme ou un pigeon voyageur se présentaient à leur porte, ils ne pouvaient en éprouver que surprise et ravissement. Les attentes étant nulles, la joie était pure et intacte. Aujourd’hui, comme les expectatives sont élevées, la joie possède immanquablement un arrière-goût de tristesse.

Je suis plus que consciente que la majorité d’entre vous a autre chose à faire que de me tenir au courant du moindre mouvement survenant dans son existence, mais je ne crois pas qu’il soit si long et exigeant de taper quelques lignes sur son QWERTY et de cliquer sur « Send ».

Je ne sais pas à quoi je m’attendais exactement. Je me doutais bien qu’en m’exilant, j’allais perdre le fil et me déconnecter des personnes dont je partageais préalablement le quotidien, mais je pense que je n’avais pas réalisé à quel point je trouverais ça difficile d’être ainsi exclue de ces vies qui auparavant faisaient partie de la mienne. Je ne suis pas fâchée, seulement un peu désenchantée, triste parfois. De me rendre compte que toute relation humaine, aussi sincère et profonde soit-elle, résiste difficilement aux écueils de la distance. Nous naviguons toujours seuls.  

jeudi 3 novembre 2011

La fête des morts


Je ne sais pas si j’ai peur de la mort. J’éprouve certes un drôle de sentiment quand je pense à celle-ci, mais j’ignore si l’on peut vraiment qualifier ce sentiment de peur. Ce serait plutôt une ambiguïté, une hésitation, une curiosité. Je n’ai jamais réellement connu la mort de près. Mes quatre grands-parents sont encore vivants, le reste de ma famille est en santé, mes amis ont une bonne étoile comme la mienne, bref, la vie bat son plein autour de moi et la mort m’apparaît encore comme une vague possibilité, une finalité incertaine. Il faut mourir, vraiment ? Pourtant, la vie est si forte. Il faut mourir ? Dommage. Je me plais bien ici, moi.

Depuis que je suis arrivée en Italie, beaucoup de gens sont morts. Des inconnus, pour la plupart, mais aussi des proches, dont le grand-père de F., bien sûr. Des stars, dont la pauvre Amy, ce cher monsieur Jobs et l’infâme K., ainsi que d’illustres étrangers. La mort rythme le quotidien. Les jours pourraient se compter en termes de décès. Dans le monde, de faim seulement, meurent environ 24 000 personnes chaque jour. Une heure équivaut à 3600 secondes et à mille morts.

On meurt. Partout. Au Québec, en Chine, au Soudan, au Texas, à Cuba, en Argentine. Certains décèdent des suites de bêtes accidents, d’autres d’une longue maladie ou d’une balle en plein cœur ; d’autres encore ne font que dormir un peu plus fort, d’un sommeil libérateur, au terme d’une existence bien remplie. Depuis le 31 octobre 2011, la population de la Terre est évaluée à 7 milliards d’humains. Il existe donc maintenant 7 milliards de façons de mourir.

Nous ignorons tous de quelle manière nous quitterons ce monde. Cependant, nous avons le droit de rêver et de souhaiter que celle-ci ne soit ni trop brutale ni trop lente et douloureuse. Personnellement, j’espère mourir vieille. Très vieille. Quatre-vingt treize ans, c’est mon objectif. Une de mes arrières grand-mères est morte à 92, alors qu’une de mes grandes tantes est décédée à 101 ans. Je me permets donc de croire que je porte en moi les gènes nécessaires pour mener une grande vie, aux limites de l’infini.

J’espère avoir une mort à l’italienne. Pourquoi à l’italienne ? Parce que bien qu’officiellement, l’espérance de vie soit la même pour les Canadiens et les Italiens, j’ai l’impression qu’ici, il y a plus de vieux. Ils sont partout. Dans les bars, au marché, en bicyclette. Tous les jours je croise des vieillards de 75, 80, voire 85 ans, sur leur vélo et je m’étonne. Jamais je n’ai vu ça chez nous. Des vieux Québécois en forme, il y en a (mon grand-père faisait encore du jogging jusqu’à tout récemment et je crois qu’il marche toujours 5 km quotidiennement), mais ils sont moins visibles. Moins téméraires aussi, j’oserais dire. Les vieux Italiens ne semblent pas avoir peur de se fracturer le bassin ou de se casser un poignet en tombant de leur monture. Peut-être est-ce parce qu’ils en ont vu d’autres. La majorité d’entre eux ont vécu la Deuxième Guerre mondiale, y ont participé, ont perdu des frères, des enfants, des amis à cause d’elle. Alors ce n’est pas un petit tour en bicyclette qui va les effrayer.

Mais ils ne sont pas éternels, ces courageux vétérans – ils finissent par flancher, eux aussi. Ma belle-mère se rend presque toutes les semaines au salon funéraire parce que les parents de gens qu’elle connaît meurent. Lorsque l’un d’entre eux trépasse, quelques heures plus tard à peine, on émet un avis de décès public, qui est apposé sur les murs de certains édifices. Ces affiches décorent en permanence la piazza. On n’essaie pas de camoufler la mort. On la diffuse, on s’y confronte. La mort n’est pas une honte, elle est un dénouement inéluctable, aussi bien se l’avouer.

Mardi, 1er novembre, c’était la fête des morts. Au Canada, nous ne la célébrons plus depuis longtemps, lui préférant de loin la veillée qui précède : l’Halloween. On se déguise en infirmière sexy ou en vampire déluré, on se saoule la gueule et on vomit parce qu’on a ingurgité trop de Rockets. On ne se rappelle même plus pourquoi on fait ça, d’où nous vient cette tradition de sonner aux portes des voisins pour quémander des cochonneries. Ce n’est ni Hershey ni Cadbury qui a inventé l’Halloween, contrairement à ce que l’on pourrait penser lorsqu’on rentre dans un Jean-Coutu durant le mois d’octobre. Triste blasphème. En Italie, on ne fête pas l’Halloween. (F. et moi avons eu bien du mal à trouver des citrouilles. Nous avons finalement mis la main sur deux spécimens que nous avons décorés lundi soir et que nous avons illuminés à l’aide de lampions. Nous avons ensuite regardé leur feu se consumer en écoutant Bettlejuice et en mangeant des cupcakes à la citrouille.) L’Halloween est une fête nord-américaine. Les Italiens n’en ont cure. Seul compte le 1er novembre, qui est un jour férié ici.

Le jour de la fête des morts, les gens se rendent généralement au cimetière pour rendre visite à leurs proches décédés. Ils leur apportent une offrande – des fleurs, un objet symbolique, une lettre – et ils se recueillent devant leur tombe ou, plus fréquemment, devant la niche où repose l’urne contenant leurs cendres. À vrai dire, les gens ne se contentent pas d’aller au cimetière seulement le 1er novembre. Les plus croyants, ou les plus nostalgiques, s’y rendent relativement souvent. Pour prier, rendre hommage à leur proche, réfléchir. Je vais souvent faire mon jogging sur la piste cyclable entourant le cimetière de Carpi et chaque fois, je croise des dizaines de gens habillés sobrement, munis de bouquets de fleurs et de mouchoirs, qui entrent et sortent du cimetière. Tous les jours sont bons pour aller saluer ses ancêtres. En face du cimetière, il y a un kiosque de plantes et de fleurs et, croyez-moi, son propriétaire doit faire des affaires d’or, tout au long de l’année.

Peut-être mon point de vue est-il faussé, peut-être que ma perception de la réalité n’est pas tout à fait juste, mais j’ai sincèrement l’impression qu’ici, la mort est infiniment plus respectée que chez nous. Une aura de solennité, d’humilité, de piété entoure celle-ci. Les rites liés à la disparition de quelqu’un demeurent encore très importants, chose qui, en contrepartie, tend à disparaître chez nous. Il me semble que la mort, on veut l’évacuer, l’éviter, la cacher, la dissimuler, la nier ; on veut tout faire sauf la regarder en pleine face. La célébrer, prendre le temps de la vivre, ironiquement, de l’accepter, de la faire sienne, il n’en est pas question. Cela serait beaucoup trop exigeant. Et de toute façon, la spiritualité, l’âme, la dévotion, la religion, l’au-delà, ce ne sont que des balivernes, n’est-ce pas ? Notre peuple a tant cherché à se libérer du joug de la religion catholique qu’on dirait qu’aujourd’hui, il rejette tout ce qui a un lien, de près ou de loin, avec elle. Les discours qu’on nous a si longtemps tenus au sujet de l’enfer et du paradis, du purgatoire, de l’extrême-onction, du royaume de Dieu, de l’importance de se faire pardonner ses péchés avant de rejoindre le firmament, nous ne voulions plus les entendre. Nous avons fait tabula rasa. Et la table est demeurée vide. Aucune conception de la mort n’est venue remplacer celle que nous forçait à endosser l’Église. Comme si la mort était l’apanage de Dieu. Pourtant, la mort est humaine, et non divine.

Mardi, à l’occasion de la fête des morts, nous avons fait un dîner de famille. Alors que je préparais le repas, Luisa, la grand-mère de F. fumait une cigarette sur le balcon de la cuisine. Le père de F. lui a dit « Luisa, pourquoi tu fumes, ce n’est pas bon pour toi. » Elle a répondu « Qu’est-ce que ça peut bien faire, c’est ainsi que nous allons tous finir, de toutes façons : en cendres. » Je ne sais pas si j’ai peur de la mort. Je sais seulement que j’aimerais en venir, un jour, à avoir une vision aussi lucide de ce qui m’attend, à la fin.  

mardi 18 octobre 2011

Le bonheur est un hasard


J’adore la Toscane. Ça tombe bien, c’est la région située juste en dessous de mon Émilie-Romagne adoptive. Suffit de traverser quelques montagnes et on arrive à Florence. C’est là que je me suis retrouvée jeudi dernier, un peu à l’improviste. Je m’y suis rendue afin de rencontrer une de mes amies qui faisait un passage éclair en Italie. Je ne devais la rejoindre qu’en fin d’après-midi, alors j’en ai profité pour déambuler seule, au hasard, dans cette magnifique ville que je n’avais pas revue depuis mon séjour en 2002. À vrai dire, c’était la première fois que je remettais les pieds dans une ville italienne que j’avais déjà visitée lors de mon premier séjour italien, puisque jusqu’ici j’avais toujours préféré des destinations toutes nouvelles. Que d’émotions cela a-t-il provoqué en moi, de me retrouver en quelque sorte catapultée dans le passé.

J’avais un souvenir très flou de la belle Florence, or, quand je suis débarquée du train, tout m’est revenu. La cattedrale Santa Maria del Fiore, immense à en donner des frissons, la réplique du David sur la piazza della Signora où, à l’époque, J. et moi nous étions amusées à jouer avec la perspective et le zizi du grand adonis blanc ; le baroque ponte vecchio, où sont amalgamées des dizaines de petites cabanes colorées, aujourd’hui occupées par des marchands de bijoux n’en ayant que pour l’argent des touristes ; la vue splendide qu’offrent les environs de San Miniato al Monte. Je ne suis rentrée dans aucun musée, me suis contentée de m’imbiber de l’ambiance de ce joyau de la renaissance qu’est Firenze. De plus en plus, je préfère voyager ainsi : marcher, seulement marcher, au cœur de cités inconnues dont les murs, les ruelles, les marchés et les passants ont tant à nous dire.

Au terme de ma promenade, j’ai rejoint ma copine ainsi que quelques autres Québécois qui l’accompagnaient à la piazzale Michelangelo. Deux d’entre eux ont décidé de nous suivre pour aller prendre un verre dans le sympathique quartier San Frediano. Nous nous sommes retrouvés au Volume, un endroit très accueillant, un peu hipster, mais somme toute agréable. Comme j’étais l’italienne de service, c’est moi qui aie commandé nos verres, pour finalement me rendre compte que le serveur était Français ; il allait donc falloir surveiller ce qu’on disait ! Il était si bon d’être entourée de gens qui parlaient ma langue, de pouvoir dire tout ce qui me traversait l’esprit sans avoir à réfléchir pendant cinq minutes à la manière dont je devais formuler ma phrase, de faire des blagues, d’être moi-même, quoi. Je ne m’en rends plus trop compte au quotidien, mais cela me pèse parfois de vivre dans la langue de quelqu’un d’autre. Mon italien s’améliore constamment, il devient toujours de plus en plus facile de communiquer, mais ce n’est jamais comme communiquer en français. Bref, après trois mois de vie à l’étranger (eh oui, déjà trois mois, aujourd’hui même), cette petite pause québécoise m’a fait le plus grand bien.

Après l’apéro, nous avons cherché un restaurant où l’on pourrait manger de la cuisine typiquement toscane et continuer de boire du bon vin. Plusieurs endroits étaient soient peu invitants, soit trop chers, soit complets. Nous nous sommes finalement ramassés dans un lieu à la décoration colorée et au personnel ma foi fort sympathique. J’ignore si leur gentillesse était due au fait que je m’adressais à eux en italien, mais je n’ai jamais eu droit à un accueil aussi chaleureux en Italie ! Honnêtement, les Italiens ne sont pas toujours les plus aimables, mais là, nous avons eu droit à la totale. Alors qu’ils répondaient à d’autres clients qu’il n’y aurait pas de place avant 22 heures, à nous, ils nous ont offert une table en moins de 15 minutes. Nous avons attendu dehors, car les lieux étaient plutôt exigus. À un certain moment, quand j’ai vu qu’ils reviraient d’autres gens de bord, je suis retournée en dedans leur demander si j’avais bien compris et que nous aurions bel et bien une place ; ils m’ont assurée que oui et m’ont demandé si on voulait boire un verre de vin en attendant. Sur le bras. Pourquoi pas ! Bianco ? D’accord ! Nous avons siroté notre verre de blanc assis sur le trottoir de cette ruelle étroite, en manquant de nous faire écraser les orteils par les voitures qui roulaient trop vite. La vie sait parfois être magique.

À la fin du repas, avant que nous ne quittions, le serveur et l’homme à l’accueil nous ont serré la main et nous ont affirmé avec emphase que cela avait été un grand plaisir de nous servir. Sérieusement, je pense qu’ils nous prenaient pour des gens que nous n’étions pas, car leur dévotion et leur politesse étaient quasiment exagérées. Soit, cela n’était pas désagréable, bien au contraire ! Après les poignées de main, nous avons dû nous dépêcher un peu puisque mes acolytes devaient retourner à Montecatini et le dernier train pouvant les y porter partait à 22h08. Je les ai donc accompagnés à la gare pour ensuite me retrouver seule au centre-ville de Florence. Exténuée de ma journée, j’ai voulu prendre l’autobus menant à l’auberge de jeunesse où j’avais réservé un lit, pour me rendre compte que celui-ci ne passait pas après 22 heures. Un peu ridicule, quand on pense que c’est là l’unique façon de se rendre à l’auberge à part le taxi et que la plupart des gens qui choisissent de résider à cet endroit n’ont pas 15 euros à mettre sur un taxi, mais qu’à cela ne tienne, je n’avais ni la force ni le courage de marcher 5 kilomètres à la noirceur dans les rues d’une ville étrangère. J’ai donc payé les fameux 15 euros – tu vois maman, je suis sage des fois. Sage, mais plus aussi fougueuse qu’avant. Je ne pourrais plus parcourir l’Europe pendant trois mois avec seulement 3000$, comme je l’ai fait à l’époque…

Arrivée à l’auberge, une fois de plus, des tonnes de souvenirs sont remontées en moi. Probablement me trompé-je, mais j’ai eu l’impression d’être dans la même chambre que  lors de mon premier passage en cet endroit, il y a neuf ans. Or, cette fois, j’étais seule dans le dortoir de quatre personnes. J’aurais dû bien dormir, mais il n’en fut rien. Chargée d’adrénaline et dérangée par les voix qui hantaient le corridor, je ne suis pas parvenue à fermer l’œil avant 2 heures. Ma nuit fut ponctuée de sursauts provoqués par de violents claquements dont j’ignorais la provenance. Au petit matin, cernée, j’ai découvert que c’est le vent qui faisait battre les volets de l’édifice, bruit que l’écho des murs de cet immense manoir transformé en gîte pour jeunes fauchés s’amusait à amplifier. J’ai déjeuné, en me demandant comment je faisais jadis pour me contenter de ce pain sec et de ce mauvais café comme premier repas – et souvent comme deuxième, puisque nous dérobions des tranches de pain et des confitures supplémentaires pour nous confectionner des dîners peu dispendieux. Décidément, mes critères de voyageuse et ma tolérance à l’inconfort et aux repas insipides ne sont plus les mêmes.

J’ai payé ma nuit blanche, fait mon sac et je suis partie. Postée à l’arrêt d’autobus, d’autres réminiscences se sont cristallisées devant mes yeux nostalgiques. La dernière fois où j’avais attendu à cet arrêt, J. et moi étions nerveuses. Nous fuyions. Nous avions hâte que l’autobus nous emporte loin de Maxime, ce Québécois que nous avions rencontré à Reims, une semaine plus tôt, et qui nous suivait partout depuis. Nous n’en pouvions plus de lui, de son arrogance, de ses manières maladroites. Nous étions parties de l’auberge sans l’avertir, dans l’espoir de le semer. Ça avait fonctionné. Temporairement. Environ deux semaines plus tard, il nous avait retrouvées. En plein cœur d’Athènes. Une coïncidence. Tous les hasards ne sont pas heureux.

Moi, cependant, assise sur ce banc à attendre l’autobus numero undici, heureuse, je l’étais. 

lundi 12 septembre 2011

Vendanges, ronds-points et groupie


Voilà bientôt deux mois que F. et moi avons quitté le Québec pour venir nous installer sur le Vieux Continent. Je regarde derrière moi, j’observe tout ce que nous avons fait en si peu de temps et je me demande comment il est possible que je ne sois pas plus fatiguée ! Il faut dire que nous avons quand même eu quelques journées de repos où nous ne faisions rien, sinon quelques courses ou une promenade sur la piazza centrale de Carpi. Toujours est-il que nous en avons avalé des kilomètres durant ces huit semaines. De Montréal à Paris, de Paris à Carpi, de Carpi à San Vincenzo, puis à Fellicarolo, Cervia, Milano, Modena, Parma, Bologna, Mantova, Correggio, Lago di Garda (deux fois), Cinque Terre, Verona (récit à venir pour ces trois dernières destinations), et j’en oublie probablement. Malgré tout ce va-et-vient, nous avons eu le temps de profiter de Carpi, de nous approprier notre nouvelle ville et de nous construire un chez-soi.

Être chez soi, ce serait l’opposé d’être en vacances. Cela signifie avoir une routine ainsi que des obligations. On ne peut pas être chez soi et ne rien faire continuellement. On doit s’occuper, ou du moins faire semblant, travailler, cuisiner, faire le ménage. Que l’on se trouve à Montréal ou à Carpi, ça, ça ne change pas. Ce qui change, c’est la manière dont on accomplit toutes ces tâches, car à chaque pays ses façons de faire et son rythme. Pour notre part, cela fait à peine une semaine que nous sentons que nous avons réellement un quotidien, c’est-à-dire depuis que F. a commencé à travailler à la cantina (domaine où est produit le vin).

À quoi ressemble-t-il, ce quotidien tout frais ? Pour F. il s’agit de se lever à 6h45 tous les matins, d’enfiler ses vêtements et ses bottes de travail, de prendre un café et ensuite la voiture en direction de San Marino (une frazione« hameau »de Carpi, qui est à cinq minutes d’automobile de notre maison), là où se situe la cantina CIV&CIV. Il ne passe pas sa journée à récolter ou à piétiner le raisin – les vendanges sont faites mécaniquement depuis plusieurs années, oubliez ça les images romantiques de gars torse nu, bas de jeans roulés, qui marchent sur le raison avec leurs pieds virils! – non ; il travaille plutôt avec une immense machine qui filtre le jus de raisin et il effectue diverses tâches, dont pelleter des montagnes de résidus de raisins pendant deux heures parce qu’un de ses collègues a commis une erreur et qu’est survenu un incident du type ma-machine-capote-je-sais-pu-quoi-faire-il-y-a-du-raisin-partout-aidez-moi-quelqu’un ! Généralement entre 18h et 20h, F. rentre à la maison épuisé, les ongles sales et la voix éraillée (il passe sa journée à gueuler, à cause des bruyantes machines). Il répète cette opération six jours par semaine, soit du lundi au samedi. Le dimanche, il a enfin le droit de se reposer.

Et moi, que fais-je pendant que mon homme s’échine ainsi ? Je commence tranquillement à travailler sur mon projet de recueil de nouvelles, celui pour lequel j’ai reçu une subvention du Conseil des Arts du Canada. Jusqu’ici, j’ai surtout travaillé dans ma tête, car c’est aussi ça l’écriture : prendre des notes mentales, réfléchir, regarder le vide puis, soudain, avoir un éclair, peut-être pas de génie, mais à tout le moins d’inspiration. J’écris également ma chronique hebdomadaire pour Urbania – qui se terminera à la fin du mois de septembre, cela étant dit, puisque ça devient de plus en plus difficile pour moi de bloguer sur l’actualité québécoise alors que je me trouve à quelques six mille kilomètres de la Belle Province. Je m’oblige également à venir vous donner des nouvelles ici au moins une fois par semaine et j’essaie de retrouver un semblant de discipline en allant courir le matin (pas évident, avec cette canicule qui ne nous lâche pas).

La semaine dernière, mon petit quotidien tranquille a légèrement été bouleversé. Lundi fut une grosse journée pour moi : j’ai travaillé au magasin de ma gentille belle-maman, qui passait la journée à Rome pour un congrès professionnel. Elle m’avait demandé de tenir le fort avec l’autre employée qui travaille à la boutique à temps partiel. Durant la pause de l’après-midi (de 13 heures à 16 heures, les magasins sont fermés, on se le rappelle), je suis allée à mon tout premier cours de conduite. Oui, oui, vous avez bien lu : j’ai débuté mes cours de conduite automobile ! Enfin, diront certains ! Effectivement, à presque 28 ans, il n’était pas trop tôt. Mais vous me connaissez, je n’aime pas les choses trop faciles : j’ai préféré attendre de faire mon cours en italien, histoire d’avoir un défi supplémentaire. Jusqu’à présent, tout se passe bien. On verra rendu à l’examen si je ne change pas d’avis ! Pour ceux qui se demandent ce qui m’a motivée à m’inscrire à ce cours maintenant, la réponse est simple : ici, contrairement à Montréal, j’ai accès à une voiture – une jolie petite Mazda 2 toute neuve, quand même. J’aurai donc tout le loisir de m’aventurer dans les ronds-points, de m’exercer à ne pas frapper les cyclistes qui arrivent de partout et de me pratiquer à trouver le point de friction de la voiture – parce qu’en Europe, ou tu conduis manuel, ou tu ne conduis pas.

Mercredi passé fut également une journée bien remplie. Après mon cours de conduite (je dois me rendre à l’école de conduite tous les jours de semaine de 14h à 15h durant six semaines pour suivre un total de 30 heures de cours théoriques), j’ai couru jusqu’à la station de train afin de prendre une liaison pour Mantova, où se tenait, du 7 au 11 septembre, le Festivaletteratura. Ce festival de littérature accueille chaque année plusieurs écrivains, principalement italiens mais également étrangers, pour différentes conférences et activités. Parmi les conférences proposées cette année, il y avait celle d’Alessandro Baricco sur Walter Benjamin, le mercredi 7 septembre à 19 heures. Baricco étant l’un de mes auteurs fétiches, je ne pouvais absolument pas manqué ça ! J’ai cru à un certain moment ne pas pouvoir y assister, car le 7 septembre, c’était aussi la date à laquelle D. et G., des amis de Montréal, débarquaient à Carpi pour nous rendre visite, mais finalement, nous avons trouvé un moyen de faire concorder les deux événements.

La conférence de Baricco portait sur un essai de Benjamin écrit en 1936 et intitulé « Le narrateur ». Cette année, la maison d’édition italienne Einaudi a publié une version commentée par Baricco dudit essai et la conférence se voulait en quelque sorte l’extension des commentaires de lecture de Baricco. C’était vraiment fort intéressant – ne me demandez pas de résumer par contre, déjà que j’ai réussi à tout comprendre, c’est un exploit, s’il avait fallu que je mémorise les grandes lignes de la présentation, mon cerveau aurait bien fini par exploser ! À la fin de la conférence, Baricco s’est prêté à une séance de signatures. J’ai donc fait la file pour faire autographier ma copie de l’essai Il narratore – je n’avais pas du tout pensé amener mon exemplaire d’Océan Mer ou de Soie. Qu’importe, mon but réel était plutôt de lui parler et de lui dire à quel point son travail m’inspirait. En temps normal, je me laisse peu impressionner par les vedettes, qu’elles soient comédiennes, chanteuses, auteures, mais là, le fait de devoir m’adresser à mon idole en italien rajoutait une certaine dose de stress. Je me suis finalement présentée devant Baricco en lui disant à peu près ceci : « Je m’excuse pour mon accent, mais je suis canadienne. Je suis également une jeune auteure et je dois vous dire que vous avez toujours été un exemple pour moi. » C’est à ce moment-là qu’il s’est exclamé « Bravvvvvvvissssssssimmmmaaaa!!!! », en flattant ma joue gauche de sa main droite. Vraisemblablement, mon italien de fortune a réussi à le charmer ! Il a conclu en me serrant la main et en me disant « J’espère avoir l’occasion de te revoir ici ou là, dans un événement littéraire. » Ce soir-là, je me suis découvert un petit côté groupie jusqu’ici insoupçonné. Je suis sortie de l’enceinte où avait lieu la conférence les jambes molles, les joues rouges et le cœur léger.

Après mon rendez-vous galant avec Alessandro, je suis allée rejoindre D. et G., qui débarquaient tout juste d’Autriche et qui venaient me retrouver au centre-ville de Mantova afin qu’on mange une pizza et qu’on se rende ensuite à la maison ensemble. Le prochain billet portera sur les petites virées que D., G. et moi avons faites au cours des derniers jours (sans F., malheureusement, qui était occupé à pelleter des montagnes de raisins).

Je terminerai pour l’instant ce billet en vous disant ceci : peu importe où vous vous trouvez dans le monde, évitez de parler québécois en croyant que personne ne comprend ce que vous dites parce qu’il n’y a pas de francophones dans le pays que vous visitez et encore moins de gens qui comprennent votre accent du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Vous ne savez JAMAIS quand vous allez tomber sur un Québécois. Jamais. Voyez, j’étais convaincue que j’étais la seule fière représentante du Québec à Carpi, mais je me trompais. L’autre soir, nous sommes allés à la pizzeria et qui c’est qui n’était pas assis à la table derrière la nôtre : un p’tit gars de Repentigny. Je n’ai pas pu m’empêcher d’aller le voir à la fin du repas pour lui demander ce qu’il foutait là – c’est pas comme si Carpi était une destination touristique très prisée. Eh bien, le gentil garçon travaille pour BRP (les produits récréatifs de Bombardier) et son entreprise envoie fréquemment des employés dans une usine de Carpi où sont fabriquées certaines pièces de Skidoo, Seadoo et autres bibittes à moteur. Que cette anecdote vous serve d’exemple : vous n’êtes jamais seuls à comprendre la langue que vous parlez, rappelez-vous le !