mercredi 26 octobre 2011

L'amour au temps de la corruption


Il y a plein de choses que je ne vous ai pas racontées encore. Évidemment, je vous ai caché une multitude de détails concernant ma vie quotidienne, mais pis encore, je n’ai pas partagé avec vous plusieurs de mes aventures hors-Carpi. Je ne vous ai toujours pas parlé de la fois où je suis allée à Verona, ni de celle où je suis retournée au Lago di Garda pour un souper éclair, ni de mes deux visites à Parma. Et que dire de cette escapade au Monte Sole, que nous avons faite il y a déjà plusieurs semaines ? Celle-là aussi, j’ai omis de la mentionner. Je n’ai pas encore pris la peine de terminer le récit de mon week-end en Toscane. Vous ignorez toujours qu’après Florence, je suis allée rejoindre F. à Lucca pour un super week-end en amoureux.

C’est ce que je voulais vous raconter aujourd’hui, cette fameuse fin de semaine dans la sympathique et médiévale ville de Lucca.

Je voulais vous parler de la superbe auberge de jeunesse qu’on y trouve. Pour soixante euros par nuit, nous avons eu droit à une chambre à deux étages avec un lit double, deux lits simples, une télé et une salle de bain. Incroyable. Je voulais aussi vous entretenir au sujet de tous ces bons petits restaurants où nous avons fait escale au cours de notre week-end, que ce soit pour le dîner ou pour le souper. J’ai mangé de délicieux tortellini in brodo dans une osteria vraiment chaleureuse et accueillante qui nous avait été conseillée par une dame tenant une boutique, où nous avions préalablement fait provision de produits typiques. J’aurais eu plein de choses à rajouter sur les succulents alcools que nous avons achetés à cet endroit. Il aurait été facile de vous entretenir pendant de longs paragraphes sur la beauté surprenante des tours de Lucca, surtout de celle au sommet de laquelle ont été plantés des arbres, de l’ambiance de fête et de bien-être qui règne dans ce bourg qui est encore aujourd’hui ceinturé des murs érigés par les Romains, murs qui forment un anneau de cinq kilomètres sur lequel il est possible de se promener à pieds ou en bicyclette ou de faire son jogging. Vous auriez pu rire un bon coup si je vous avais décrit le moment où nous avons justement loué un vélo tandem pour parcourir ces superbes sentiers. L’histoire aurait pu se poursuivre avec l’évocation des quelques heures que nous avons passées au jardin botanique, ou de celles où nous avons déambulé dans le centre-ville qui était envahi par un marché d’antiquité, ma foi, plutôt impressionnant. Et j’aurais peut-être manqué de mots pour bien vous permettre de comprendre l’émotion que nous avons ressentie quand nous sommes rentrés dans cette enoteca dotée d’une immense cave à vin qui sentait la poussière, le bois humide et les vieux tanins et qui renfermait des trésors incroyables. J’aurais pu terminer le tout en vous expliquant pourquoi nous sommes passés par Pisa avant de retourner à la maison, en vous énumérant les plats exquis que nous avons savourés à l’un de nos restaurants préférés, le Repubbliche Marinare, et en vous vantant la blancheur de Pisa, son ciel bleu, ses incontournables ricciarelli… Mais je ne le ferai pas.

Je ne m’attarderai pas davantage sur chacun de ces éléments pourtant fort intéressants car, moi, ce n’est pas ce qui a retenu mon attention. Ce qui m’est resté de ce week-end n’a rien à voir avec des monuments moyen-âgeux, des repas divins, des lieux surprenants, des promenades bucoliques. Le souvenir le plus puissant que je garde de cette escapade en Toscane n’est pas tant lié avec l’endroit lui-même qu’avec la manière dont je m’y suis sentie. Lors de ce week-end, j’ai réalisé que j’étais foutrement amoureuse.

F. semble parfois tenir ici le rôle de simple abréviation – une lettre suivie d’un point. Il apparaît dans plusieurs de mes aventures comme un personnage secondaire, pourtant, il représente tellement plus que cela. F. est le centre de ma vie. Je ne ressens pas toujours le besoin de parler de lui, de spécifier qu’il est là, avec moi, car cela va de soi dans ma tête qu’il est présent. Je ne m’imagine pas faire toutes ces choses sans lui. Les événements importants, c’est avec F. que je les vis. Il m’accompagne, me soutient, me fait rire, me déçoit parfois, parce qu’il est humain, mais il sait si bien se racheter. F. est mon mari. Parfois, je n’arrive pas à le réaliser. Je suis mariée. Ça me fait encore drôle à dire. Pourtant, ça ne pourrait pas être autrement pour moi. Me marier avec lui fut la plus belle folie que j’ai faite dans ma vie. Nous avons décidé ça très vite, après à peine dix mois de fréquentation, mais cela nous apparaissait comme l’unique chose à faire. Une certitude dans le creux du ventre, une voix qui nous murmurait : n’ayez pas peur. Avec F., je n’ai peur de rien. Ensemble, nous pouvons tout faire. Le monde nous appartient et l’impossible n’est qu’une étoile lointaine à peine observable les soirs de ciel dégagé.

Je ne sais pas ce qu’est l’amour pour les autres, je crois qu’il n’existe pas une seule définition de ce sentiment parfois troublant, parfois salvateur, parfois déchirant, parfois réparateur. Mais pour moi, l’amour, c’est F. Il est mon confident, mon amant, mon meilleur ami, celui qui me connaît le plus sur cette terre, probablement même plus que ma mère ; il est celui avec qui j’aime aller au cinéma, magasiner, marcher en forêt, visiter des musées, planifier des voyages, me perdre, faire des tours de bagnole, du jogging, des gâteaux ; il est l’homme du présent et du futur, celui avec qui l’avenir devient envisageable, avec qui je conçois mille projets irréalisables et mille autres que nous mènerons à terme, ensemble, toujours, parce qu’à deux, nous savons que pouvons accomplir de grandes choses. La prochaine étant, nous l’espérons, de faire des enfants. J’espère qu’ils auront sa patience, sa sensibilité, ses oreilles, son menton, son endurance, son ouverture d’esprit, sa beauté intérieure.

Lucca, pour moi, se résumera toujours à cela : la ville où je suis tombée amoureuse de mon chum pour une deuxième fois. Et celle où je me suis dit que Luca, ça ferait un joli nom pour un petit garçon.  

mardi 18 octobre 2011

Le bonheur est un hasard


J’adore la Toscane. Ça tombe bien, c’est la région située juste en dessous de mon Émilie-Romagne adoptive. Suffit de traverser quelques montagnes et on arrive à Florence. C’est là que je me suis retrouvée jeudi dernier, un peu à l’improviste. Je m’y suis rendue afin de rencontrer une de mes amies qui faisait un passage éclair en Italie. Je ne devais la rejoindre qu’en fin d’après-midi, alors j’en ai profité pour déambuler seule, au hasard, dans cette magnifique ville que je n’avais pas revue depuis mon séjour en 2002. À vrai dire, c’était la première fois que je remettais les pieds dans une ville italienne que j’avais déjà visitée lors de mon premier séjour italien, puisque jusqu’ici j’avais toujours préféré des destinations toutes nouvelles. Que d’émotions cela a-t-il provoqué en moi, de me retrouver en quelque sorte catapultée dans le passé.

J’avais un souvenir très flou de la belle Florence, or, quand je suis débarquée du train, tout m’est revenu. La cattedrale Santa Maria del Fiore, immense à en donner des frissons, la réplique du David sur la piazza della Signora où, à l’époque, J. et moi nous étions amusées à jouer avec la perspective et le zizi du grand adonis blanc ; le baroque ponte vecchio, où sont amalgamées des dizaines de petites cabanes colorées, aujourd’hui occupées par des marchands de bijoux n’en ayant que pour l’argent des touristes ; la vue splendide qu’offrent les environs de San Miniato al Monte. Je ne suis rentrée dans aucun musée, me suis contentée de m’imbiber de l’ambiance de ce joyau de la renaissance qu’est Firenze. De plus en plus, je préfère voyager ainsi : marcher, seulement marcher, au cœur de cités inconnues dont les murs, les ruelles, les marchés et les passants ont tant à nous dire.

Au terme de ma promenade, j’ai rejoint ma copine ainsi que quelques autres Québécois qui l’accompagnaient à la piazzale Michelangelo. Deux d’entre eux ont décidé de nous suivre pour aller prendre un verre dans le sympathique quartier San Frediano. Nous nous sommes retrouvés au Volume, un endroit très accueillant, un peu hipster, mais somme toute agréable. Comme j’étais l’italienne de service, c’est moi qui aie commandé nos verres, pour finalement me rendre compte que le serveur était Français ; il allait donc falloir surveiller ce qu’on disait ! Il était si bon d’être entourée de gens qui parlaient ma langue, de pouvoir dire tout ce qui me traversait l’esprit sans avoir à réfléchir pendant cinq minutes à la manière dont je devais formuler ma phrase, de faire des blagues, d’être moi-même, quoi. Je ne m’en rends plus trop compte au quotidien, mais cela me pèse parfois de vivre dans la langue de quelqu’un d’autre. Mon italien s’améliore constamment, il devient toujours de plus en plus facile de communiquer, mais ce n’est jamais comme communiquer en français. Bref, après trois mois de vie à l’étranger (eh oui, déjà trois mois, aujourd’hui même), cette petite pause québécoise m’a fait le plus grand bien.

Après l’apéro, nous avons cherché un restaurant où l’on pourrait manger de la cuisine typiquement toscane et continuer de boire du bon vin. Plusieurs endroits étaient soient peu invitants, soit trop chers, soit complets. Nous nous sommes finalement ramassés dans un lieu à la décoration colorée et au personnel ma foi fort sympathique. J’ignore si leur gentillesse était due au fait que je m’adressais à eux en italien, mais je n’ai jamais eu droit à un accueil aussi chaleureux en Italie ! Honnêtement, les Italiens ne sont pas toujours les plus aimables, mais là, nous avons eu droit à la totale. Alors qu’ils répondaient à d’autres clients qu’il n’y aurait pas de place avant 22 heures, à nous, ils nous ont offert une table en moins de 15 minutes. Nous avons attendu dehors, car les lieux étaient plutôt exigus. À un certain moment, quand j’ai vu qu’ils reviraient d’autres gens de bord, je suis retournée en dedans leur demander si j’avais bien compris et que nous aurions bel et bien une place ; ils m’ont assurée que oui et m’ont demandé si on voulait boire un verre de vin en attendant. Sur le bras. Pourquoi pas ! Bianco ? D’accord ! Nous avons siroté notre verre de blanc assis sur le trottoir de cette ruelle étroite, en manquant de nous faire écraser les orteils par les voitures qui roulaient trop vite. La vie sait parfois être magique.

À la fin du repas, avant que nous ne quittions, le serveur et l’homme à l’accueil nous ont serré la main et nous ont affirmé avec emphase que cela avait été un grand plaisir de nous servir. Sérieusement, je pense qu’ils nous prenaient pour des gens que nous n’étions pas, car leur dévotion et leur politesse étaient quasiment exagérées. Soit, cela n’était pas désagréable, bien au contraire ! Après les poignées de main, nous avons dû nous dépêcher un peu puisque mes acolytes devaient retourner à Montecatini et le dernier train pouvant les y porter partait à 22h08. Je les ai donc accompagnés à la gare pour ensuite me retrouver seule au centre-ville de Florence. Exténuée de ma journée, j’ai voulu prendre l’autobus menant à l’auberge de jeunesse où j’avais réservé un lit, pour me rendre compte que celui-ci ne passait pas après 22 heures. Un peu ridicule, quand on pense que c’est là l’unique façon de se rendre à l’auberge à part le taxi et que la plupart des gens qui choisissent de résider à cet endroit n’ont pas 15 euros à mettre sur un taxi, mais qu’à cela ne tienne, je n’avais ni la force ni le courage de marcher 5 kilomètres à la noirceur dans les rues d’une ville étrangère. J’ai donc payé les fameux 15 euros – tu vois maman, je suis sage des fois. Sage, mais plus aussi fougueuse qu’avant. Je ne pourrais plus parcourir l’Europe pendant trois mois avec seulement 3000$, comme je l’ai fait à l’époque…

Arrivée à l’auberge, une fois de plus, des tonnes de souvenirs sont remontées en moi. Probablement me trompé-je, mais j’ai eu l’impression d’être dans la même chambre que  lors de mon premier passage en cet endroit, il y a neuf ans. Or, cette fois, j’étais seule dans le dortoir de quatre personnes. J’aurais dû bien dormir, mais il n’en fut rien. Chargée d’adrénaline et dérangée par les voix qui hantaient le corridor, je ne suis pas parvenue à fermer l’œil avant 2 heures. Ma nuit fut ponctuée de sursauts provoqués par de violents claquements dont j’ignorais la provenance. Au petit matin, cernée, j’ai découvert que c’est le vent qui faisait battre les volets de l’édifice, bruit que l’écho des murs de cet immense manoir transformé en gîte pour jeunes fauchés s’amusait à amplifier. J’ai déjeuné, en me demandant comment je faisais jadis pour me contenter de ce pain sec et de ce mauvais café comme premier repas – et souvent comme deuxième, puisque nous dérobions des tranches de pain et des confitures supplémentaires pour nous confectionner des dîners peu dispendieux. Décidément, mes critères de voyageuse et ma tolérance à l’inconfort et aux repas insipides ne sont plus les mêmes.

J’ai payé ma nuit blanche, fait mon sac et je suis partie. Postée à l’arrêt d’autobus, d’autres réminiscences se sont cristallisées devant mes yeux nostalgiques. La dernière fois où j’avais attendu à cet arrêt, J. et moi étions nerveuses. Nous fuyions. Nous avions hâte que l’autobus nous emporte loin de Maxime, ce Québécois que nous avions rencontré à Reims, une semaine plus tôt, et qui nous suivait partout depuis. Nous n’en pouvions plus de lui, de son arrogance, de ses manières maladroites. Nous étions parties de l’auberge sans l’avertir, dans l’espoir de le semer. Ça avait fonctionné. Temporairement. Environ deux semaines plus tard, il nous avait retrouvées. En plein cœur d’Athènes. Une coïncidence. Tous les hasards ne sont pas heureux.

Moi, cependant, assise sur ce banc à attendre l’autobus numero undici, heureuse, je l’étais. 

mardi 11 octobre 2011

De la vie, à la fin, ce qu'il reste


Dimanche, pour la deuxième fois de ma vie, j’ai célébré mon anniversaire en Italie. La première fois, c’était en 2002, lorsque j’ai eu 19 ans. J’étais partie avec J., une copine du Cégep, et mon sac à dos, pour trois mois autour de l’Europe. Le 9 octobre de cette année-là, nous étions à Rome. J’ai passé l’après-midi de mon anniversaire à attendre en face de la basilique Saint-Pierre. Nous avions prévu visiter la célèbre église, or, elle avait été fermée pendant plusieurs heures en raison de la célébration d’un mariage collectif présidé par le pape lui-même. C’était encore l’époque du sympathique Jean-Paul II. Il n’était pas fort, mais toujours vivant. Avachi sur son siège de velours rouge, il murmurait la parole de Dieu en italien, en français, en latin et dans je ne sais plus quelle langue, devant des milliers de personnes, dont plusieurs centaines en robe et en costume de mariés.

À la fin de ce spectacle particulièrement étrange, nous avions pu pénétrer à l’intérieur de la fameuse Saint-Pierre de Rome. De l’immense Saint-Pierre de Rome. Après, nous avions voulu aller à la Chapelle Sixtine, cependant, pour une raison qui m’échappe encore, celle-ci fermait à 14h20. Pas 14h30 : 14h20. Ça doit être l’heure d’une prière que je ne connais pas. Nous avions donc terminé cette journée sans voir la fresque de Michelangelo. Pour nous consoler et pour me gâter, puisque c’était mon anniversaire après tout, J. avait décidé de nous payer du McDonald’s pour souper. Nous étions allées à celui de la stazione Roma Termini, si je me souviens bien. Pourtant, il ne me semble pas que nous avions un train à prendre après. Les gares sont tout simplement le lieu où les âmes perdues finissent par aboutir, lorsqu’elles ignorent où aller pour trouver le réconfort. Et nous l’y avons trouvé, le réconfort. Le luxe. Quand on voyage avec un budget total de 25$ par jour et qu’on doit, avec ces 25$, payer sa nourriture, son lit et ses activités touristiques, un trio McDo, c’est vraiment une faste dépense. Je mange dans ce genre de resto environ une fois par année ; cette fois-là était certainement la meilleure de ma vie. Mon Big Mac avait un goût assurément cent fois plus délicieux qu’à l’habitude.

Ces souvenirs sont parmi ceux que je chéris le plus. J’ai l’impression qu’ils m’ont forgée, en quelque sorte, qu’ils ont largement influencé la suite de mon existence.

Immanquablement, lorsqu’octobre approche et que je m’apprête à ajouter une année de plus à mon calendrier, le passé remonte en moi. Au-delà de la nostalgie, c’est une sorte de désir de comprendre – qui je suis et pourquoi – qui m’habite et me force à revoir certains événements, à les analyser avec une perspective nouvelle – celle de la sagesse que je gagne, du moins je l’espère, un peu chaque année. J’aime bien faire des bilans, penser à tout ce que j’ai accompli au cours de l’année qui s’achève, à tous les malheurs qui me sont arrivés, à tous les obstacles que je suis parvenue à contourner, à tous ces bonheurs qui sont venus illuminer ma voie. Ça me réconcilie avec le non-sens de la vie. Soudainement, elle m’apparaît moins absurde. À la fin, de la vie, je ne retiens que de belles choses. Même celles qui, au moment où elles se sont abattues sur moi, m’ont terriblement faite souffrir m’apparaissent importantes, salutaires, avec le recul. J’éprouve une satisfaction certaine, voire une fierté, à penser aux épreuves surmontées, aux erreurs évitées, aux maladresses pardonnées, à tout ce qui fut ardu, lourd, déchirant, mais qui, en bout de ligne, ce sera avéré formateur, nécessaire.

Alors, le bilan de mes 27 ans, de quoi a-t-il l’air ? L’automne de ma 28e année fut certainement l’un des pires de ma vie – mon chum et moi étions dans une impasse : après des mois de chômage, il a eu affaire à un employeur irrespectueux pour qui il accomplissait un travail sous-payé et dénué de défi, tandis que moi, je ne parvenais pas à trouver quelle était ma voie (ce problème demeure, mais je le vis avec beaucoup moins d’angoisse), j’accumulais les petits contrats insignifiants et j’ai dû accuser un refus par rapport à une demande de bourse dans laquelle j’avais placé beaucoup d’espoir. Décembre fut certainement l’apogée de mon abattement et celui-ci s’exprimait physiquement – problèmes de foie, brûlements d’estomac, fatigue insurmontable.

En janvier, F. et moi avons décidé de nous reprendre en main. Nous n’avons pas bu une goutte d’alcool de tout le mois, nous avons fait un régime jusqu’en mars, nous nous sommes inscrits dans un club de boxe, où nous allions chaque semaine, en plus de faire du jogging, du patin à glace et de longues marches. J’ai perdu du poids, je me sentais bien, j’avais l’impression que mon corps et ma vie m’appartenaient à nouveau.

Le 14 février 2011, F. moi, avons célébré la Saint-Valentin vêtus de pantalons de jogging et de t-shirts trop grands, en buvant du champagne et en mangeant de mignons péchés. C’est ce soir-là que nous avons décidé que nous déménagerions en Italie.

Pleine d’une énergie nouvelle, en mars, j’ai lancé mon premier roman. Celui-ci a reçu un chaleureux accueil, ce qui m’a évidemment comblée. Le printemps fut dédié à la promotion de mon livre et à la préparation de notre départ. À la mise en boîte de notre vie. Nous avons jeté, donné, enterré, recyclé des dizaines et des dizaines d’objets devenus inutiles et encombrants. Le reste, nous l’avons placé dans des cartons, qui dorment maintenant dans l’entretoit du garage de mon père.

Le 14 juillet, six mois jour pour jour après en avoir pris la décision, nous sommes partis.

La suite, vous la connaissez. Vous savez entre autres qu’en août, j’ai fêté mon premier anniversaire de mariage et que j’ai su que j’avais obtenu une bourse pour l’écriture de mon second opus. Voilà à quoi a ressemblé la dernière année. Elle a affreusement mal commencé et s’est terminée d’une manière exceptionnellement surprenante.

Et la première journée de mes 28 ans, elle, de quoi a-t-elle eu l’air ? De rien. J’osai espérer qu’elle n’était pas à l’image des 364 qui la suivraient, car elle fut plutôt décevante – comme le sont pas mal toutes mes journées d’anniversaire. Plus je vieillis, plus je déteste le 9 octobre. Chaque année, c’est immanquable, je pleure cette journée-là (il faut dire que je suis braillarde, alors ce n’est pas un fait si extraordinaire, mais tout de même). Le jour de ma fête finit toujours dans l’amertume – cette sensation d’être seule, oubliée, importante pour personne. Je souhaite tellement que cette journée soit différente des autres, spéciale, remplie de surprises, étonnante, que je ne peux faire autrement que de trouver qu’elle n’a pas été à la hauteur.

Cette année, le 9 octobre fut décevant entre autres parce que la sortie au restaurant qui était prévue par mes généreux beaux-parents pour célébrer ce fameux anniversaire fut gâchée par un service lamentablement lent. Il s’est écoulé tellement de temps entre le moment où nous avons terminé notre entrée et celui où l’on a enfin pensé à nous amener notre plat principal que nous n’avions plus faim. J’ai laissé la moitié de mon assiette. Je n’ai pris ni dessert ni café. Un repas d’anniversaire pas de dessert, c’est un peu triste.

Au-delà de ce léger contretemps, il y avait surtout le fait que ma famille et mes amis me manquaient. Tous ces « Bonne fête » qui fusaient sur mon babillard Facebook n’arrivaient pas à remplacer la présence des gens qui me sont chers. Je me sentais plus loin qu’à l’habitude. Pourtant, je n’étais pas plus loin. Seulement un peu plus vieille. 

jeudi 6 octobre 2011

Comme les enfants les papillons


Tenir ce blogue m’oblige à regarder ma vie avec un œil différent, à me demander constamment « qu’est-ce qui vaut la peine d’être raconté ? ». En tant qu’écrivaine, c’est une question assez fondamentale à laquelle je suis souvent confrontée, mais le fait de me la poser par rapport à ma propre existence demeure plutôt inusité. Je n’ai jamais vraiment versé dans l’autofiction ou le journal intime. Décrire ce qui m’est réellement arrivé plutôt que d’inventer ce qui pourrait se passer dans les jours de quelqu’un qui n’existe pas – et qui est encore moins moi –, cela n’avait jamais fait partie de ma démarche. J’avouerai que cette posture jusqu’ici inexplorée m’éclaire beaucoup par rapport à la nature du narratif. Mes interrogations concernant ce qui, de mon existence, pourrait retenir votre attention me poussent parallèlement à réfléchir à ce qui mérite d’être dit ou non dans mes fictions.

Je me rends compte que peu de choses ne méritent pas d’être transformées en histoires. Le défi demeure toujours, simplement, de trouver une manière intéressante de les mettre en scène. Est-ce que j’y parviens toujours, je n’en suis pas convaincue. Mais reste que je m’aperçois que ce qui me fascine le plus dans un récit, ce sont les détails. Ce que nous avons mangé, le nom des gens, un trait physique qui nous permet tout de suite de comprendre à qui nous avons affaire, l’angle de la lumière, la manière dont un mot a été prononcé. Parce que c’est ça la vie, finalement : un enchaînement de détails insignifiants qui, une fois évalué par notre cerveau, reconstruit, remanié, déplacé, reformulé – rêves, souvenirs, désirs, avenir fantasmé –, finit par trouver un sens. 

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Peut-être pour m’excuser de m’attarder parfois un peu trop sur des choses qui pourraient vous apparaître futiles. Peut-être pour justifier le fait que ce que je vous rapporte ici, ce sont rarement de grandes épopées, d’incroyables aventures, mais plutôt des anecdotes banales, des intrigues peu intrigantes, quoi. Or, ce que vous devez justement savoir, c’est que la vie, ici ou ailleurs, chez soi ou en terrain inconnu, ne reste jamais que la vie – un enchaînement de détails insignifiants qui, une fois évalué par notre cerveau, reconstruit, remanié, déplacé, reformulé, etc., etc.

Partir du Québec en pensant trouver en Italie une existence à chaque seconde plus excitante, un quotidien moins routinier, des joies plus extraordinaires, des déceptions moins dérangeantes, cela aurait été une erreur. Je ne suis pas partie en voyage ; je suis partie vivre ailleurs. Et du moment que l’on choisit de se poser quelque part, de se construire quelque chose qui ressemble à une maison et d’y élire domicile pour une période de temps donnée, immanquablement, on doit s’attendre à redevenir peu à peu soi-même, à reprendre ses vieilles habitudes, à s’enfoncer dans les mêmes désespoirs, à chercher, encore, toujours, des manières d’améliorer son sort, à faire, à l’infini, des projets pour ce futur qui nous angoisse.

On a vu cette chaise dans la vitrine d’un grand magasin. Rouge. Un coussin moelleux, des appuis-bras solides. Elle avait l’air parfaite. On se l’est procuré en étant convaincu qu’enfin, on serait confortable, qu’enfin, on pourrait se concentrer sur ce qui compte vraiment, travailler à inventer notre bonheur sans être constamment gêné par l’inconfort de l’autre chaise, celle qu’on traînait depuis déjà trop longtemps, celle qui ne nous seyait plus. Une fois le siège tout neuf installé dans notre demeure, on l’observe, on s’extasie, on soupire de joie – la nouveauté est toujours si enivrante. On s’assoit. On attend. On sourit. Puis, un peu moins. Il faut se mettre à la tâche maintenant. C’est bien beau avoir un nouveau trône sur lequel poser ses fesses, celui-ci ne prendra pas nos responsabilités à notre place. Les jours passent. Les tissus de la chaise se détendent, la mousse ramollit, prend peu à peu la forme de nos cuisses, de notre dos. Celui-ci se courbe, comme avant, pliant sous la charge trop lourde des pensées qui nous obnubilent. Nos jambes s’engourdissent. Pourtant, le vendeur nous avait promis qu’avec cette chaise, notre position s’améliorerait, que plus jamais on ne souffrirait des maux anciens.

La vérité, c’est qu’une fois que la nouvelle chaise a épousé les courbes de notre corps, une fois que ce dernier s’est adapté au changement, la sensation de bien-être des premiers jours s’effrite. Lentement, l’inspiration, la fraîcheur et l’exotisme font place à l’habitude, aux réflexes, à la lassitude. De nouveau, on ressent ce besoin pressant de transformation, de surprise, d’égarement, d’ailleurs. Le bonheur n’est pas destination, mais horizon. Incessamment, il fuit les doigts qui tentent de l’attraper comme des enfants les papillons.

Ne vous méprenez pas, je suis heureuse en Italie. Ni plus ni moins que je l’étais à Montréal. Heureuse point. Comme seul il est possible de l’être : par intermittences. 

mardi 27 septembre 2011

L'aviateur, la rock star, les sommets du monde


Samedi en début de soirée, après que F. soit revenu du boulot et moi de ma virée shopping à Bologna, nous avons fait nos sacs à dos et sommes embarqués dans la voiture. Direction : Fellicarolo. Nous avions projeté de passer la nuit au chalet de l’oncle de F. afin de partir très tôt le lendemain matin pour le Monte Cimone, que nous avions pour but de grimper.

Sur la route vers la montagne, nous avons téléphoné aux deux seuls restaurants de Fellicarolo pour savoir si l’on pouvait s’y arrêter pour souper. Le premier nous a répondu qu’il était déjà complet (à chacun sa définition du mot « complet » : nous sommes arrivés là-bas et il y avait à peine trois ou quatre tables d’occupées sur la vingtaine disponibles) ; le second nous a dit qu’il nous accueillerait avec plaisir, nous spécifiant par contre que nous devrions nous contenter du menu fixe. Pas de problème.

Ce restaurant où nous nous sommes posés pour le repas n’est pas à proprement parler un « restaurant ». C’est une auberge tenue par un pilote d’avion à la retraite qui accueille les voyageurs et qui leur offre également de quoi se restaurer. L’endroit est ouvert « sur demande ». Tu ne peux pas te présenter là à l’improviste et demander à voir le menu. Il n’y a pas de menu. Tu manges ce que la femme de l’aviateur a décidé de préparer ce soir-là et tu fermes ta gueule.

Nous sommes arrivés et une table pour deux avait été dressée à notre intention. L’endroit était vide. L’aviateur et sa femme regardaient la télé. Quand nous avons passé le seuil de la porte, ils ont éteint le téléviseur et nous ont chaleureusement invités à nous asseoir. La dame s’est dirigée vers les fourneaux et le pilote nous a expliqué ce qu’il y avait au menu. En fait, pour le primo piatto, nous avions le choix entre deux types de pâtes et un risotto aux fruits de mer pas piqué des vers, selon notre hôte. Comme j’avais mangé un risotto pour dîner, nous avons opté pour les farfalle al ragù. « E il vino, bianco o rosso ? » Ici, on ne vous demande pas si vous voulez du vin, on vous demande si vous le voulez rouge ou blanc.

Les pâtes goûtaient le métal. Nous avons tout mangé. Pas parce que c’était bon, mais parce que nous avions faim et que l’aviateur était assis juste à côté de nous, à nous regarder bouffer. La télé était éteinte, il n’y avait ni musique ni d’autres clients pour le distraire. Tous ses regards étaient donc tournés vers nous. Pas trop le choix de lui faire la conversation. F. s’en est chargé. Moi, j’arrivais difficilement à comprendre ce qu’il marmonnait, puisque sa moustache mangeait tous les mots qui sortaient de sa bouche.

A suivi le secondo, qui consistait en quelques tranches de bœuf trop cuit dans un jus brun et des cubes de pommes de terre cuits au four. Ordinaire. Le vin, quant à lui, était potable. Par contre, pas moyen de savoir de quoi il s’agissait exactement. Un Merlot, un Sangiovese, un Montepulciano, allez savoir ! L’aviateur nous l’a servi dans une vieille bouteille couverte de traces de doigts, à l’étiquette décollée. On l’a bue pour oublier que ce que nous mangions là était loin d’être le meilleur repas de notre vie. Ça goûtait mon enfance en fait. La viande trop cuite, le sel et le poivre comme seules épices, les légumes pratiquement absents de l’assiette. De la bouffe de matante qui fait à manger parce que c’est son rôle de femme au foyer, pas parce qu’elle est transportée par la passion de la bonne chère. Mais bon, à douze euros par tête de pipe, on ne chiale pas trop.

Rendus au chalet, nous avons étudié un peu la carte des sentiers du Monte Cimone et décidé du parcours que nous voulions faire le lendemain. Nous nous sommes couchés très tôt, parce que nous voulions nous lever à 6h30 et, surtout, parce qu’il n’y a pas grand-chose à faire à la montagne, une fois que le soleil est couché.

Dimanche matin, avant de partir, nous avons cueilli quelques légumes frais dans le jardin afin d’avoir des crudités pour accompagner nos sandwichs, nous avons bouclé les valises et pris la direction du village de Sestola, le plus grand village du coin, avec ses quelques 2 600 habitants. Le sentier que nous voulions prendre était censé partir de là. Heureusement, nous sommes arrêtés à l’information touristique – qui était étonnamment ouverte, un dimanche matin à 8h00 ! – ; la jeune femme nous a expliqué qu’il valait mieux monter encore un peu avec la voiture pour rejoindre le Lago della Ninfa (lac de la nymphe) ou le Passo del Lupo (passage du loup), car juste cela, c’était douze kilomètres. Il faut croire que F. et moi ne savons pas vraiment lire des cartes, ce n’est pas du tout cela que nous avions compris !

Avant de partir pour le Lago della Ninfa, nous avons pris le petit déjeuner dans un bar (ici, dans un bar, on ne boit pas seulement de l’alcool, mais aussi et surtout du café, et on mange des panini, des dolci et des gelati). On aurait bien aimé bouffer un deux-œufs-bacon, histoire de faire le plein de protéines avant de marcher pendant six heures, mais ça n’existe pas en Italie. On s’est contenté d’un bombolone, une sorte de beigne fourré à la crème. Délicieux, mais pas très soutenant. Après, nous sommes donc passés par le forno (boulangerie) pour s’acheter une pointe de pizza tomates et mozzarella, en nous disant que le fromage au moins nous fournirait un peu d’énergie… Il m’est souvent arrivé depuis que je suis en Italie de voir des gens manger de la pizza pour déjeuner. Je trouvais ça un peu exagéré, mais maintenant, je comprends : c’est la seule chose consistante qu’il est possible de bouffer le matin dans ce pays ! Nous avons dégusté notre pizza sur le bord du Lago della Ninfa, seuls avec la rosée, le brouillard matinal, l’eau calme du lac et les oiseaux. Nous nous sommes ensuite mis en route.

Dès le début nous étions en ascension. Nous avons très peu marché sur des sentiers plats. Les cuisses et la patate se faisaient aller, disons que ça réveillait sa femme assez brutalement. Nous avons fini par trouver notre rythme et la montée s’est bien déroulée. Nous l’avons effectuée en beaucoup moins de temps que prévu. Peut-être sommes-nous plus en forme que ce que nous croyions, finalement…

Le début du parcours s’effectuait dans le bois, à l’abri sous les arbres, mais rapidement, la végétation verdoyante a fait place à une sorte de désert de roches et d’herbes sèches. Il faut dire que rendus à 2000 mètres, il n’y a plus grand’ plantes qui accepte de pousser. La vue que nous avions sur l’Émilie-Romagne, d’un côté, et sur la Toscane, de l’autre, était plutôt impressionnante, bien que quelques légers nuages de brume nous empêchaient de voir parfaitement l’horizon. Paraît-il que du haut du Monte Cimone, il est possible d’apercevoir la mer. Nous n’avons pas pu le vérifier de nos yeux vus, mais laissez-moi en douter… Certains ont dû confondre les vagues sensuelles des monts et des vallées avec les ondes silencieuses de la Méditerranée. Un mirage est si vite arrivé.

Au sommet du Monte Cimone, le plus haut de l’Émilie-Romagne, je le rappelle, se trouve une station d’observation météorologique qui, je l’avoue, ruine un peu le paysages. Mais y trône également une sympathique et minuscule chapelle à l’intérieur de laquelle jouent sans relâche d’apaisants chants grégoriens. Nous avons donc savouré notre petit pique-nique assis sur le parvis de la chapelle, bercés par les voix antiques qui résonnaient dans le paysage sans fin.

La descente fut plus difficile que la montée. Le sol rocailleux était glissant et je me suis joliment plantée deux fois – j’ai ainsi appris à mes dépens qu’il ne faut pas se moucher en descendant une côte, car si on perd l’équilibre, nos deux bras ne sont pas disponibles pour nous aider à le rattraper. Je peux vous garantir qu’en prévision de notre prochaine excursion, nous allons nous procurer des bâtons de marche… À défaut d’en avoir cette fois-là, je me suis ruiné les genoux et les chevilles. Les muscles des cuisses, qui ont travaillé plus souvent qu’à leur tour, me font encore souffrir.

Probablement en raison de tous ces efforts physiques, j’avais une folle envie de viande rouge, envie que j’ai comblée le soir même au restaurant I Carducci de Carpi, en mangeant une délicieuse tagliata di manzo au parmesan et à la roquette. En entrée, nous avons eu droit à de sublimes gnocco fritto (les meilleurs que j’ai mangés jusqu’à présent) accompagnés de charcuteries de qualité. Nous aurions bien pris un dessert, mais le restaurant débordait et la serveuse n’est jamais revenue nous voir après que nous lui ayons dit que nous désirions terminer la bouteille de Chianti avant de passer au dolce. Pour s’excuser de ne pas avoir été attentive à nos besoins, elle nous a offert l’amaro, que nous avons siroté en regardant la clientèle et les propriétaires du restaurant s’énerver le poil des jambes parce que Liga était là. Ce mec, qui est né dans la même petite ville que F., à quelques kilomètres de Carpi, est une rock star en Italie. C’est un peu comme si Garou était rentré dans un resto à Drummondville, mettons. Les cellulaires se faisaient aller l’appareil-photo et tout le monde cherchait un bout de papier à faire autographier par le chanteur. Personnellement, j’ai fait la même chose que si j’avais croisé Garou au Normandin de Drummon : je ne lui ai pas demandé d’autographe. Devant ce spectacle fanatique, F. et moi rigolions, savourant toujours notre amaro.

Le phénomène du vedettariat est vraiment quelque chose de relatif.  Quand nous nous trouvons en contrée étrangère, nous avons très peu de moyens de reconnaître une vedette locale lorsque nous en croisons une ; nous la traitons donc comme une personne normale – ce qu’elle est. Nous retrouvons une certaine forme de naïveté par rapport au statut de ces gens qui passent à la télé et à la radio. Ouain, pis ? que nous nous disons. Cet homme mange des pâtes comme tout le monde, il va faire pipi à la fin du repas comme tout le monde et il veut avoir du plaisir comme tout le monde.

En nous dirigeant vers nos bicyclettes, au sortir du restaurant, F. et moi avons vu ce fameux Liga s’amuser avec la petite fille qui l’accompagnait (son enfant, sa nièce, qu’en sais-je) ; il jouait à cachette entre les voitures avec elle. Ils couraient en zigzag, rigolaient, s’amusaient à faire faire des sauts aux deux femmes avec qui ils se trouvaient. Assister à cette scène valait bien plus que n’importe quelle photo prise avec un iPhone ou n’importe quelle signature griffonnée sur une serviette de table. Malheureusement, les fans de Liga étaient trop occupés à admirer la griffe qu’avait laissée leur chanteur préféré à l’endos de leur facture de repas pour voir ce qui se passait devant eux, de l’autre côté de la rue. 

lundi 26 septembre 2011

Nuit blanche et son noir


Jeudi passé, j’ai eu une petite crisette. J’avais envie de faire le bacon sur le plancher du salon. Le problème ? Je débordais d’énergie et j’étais tannée de passer la majorité de mes journées assise devant l’ordinateur, entourée des quatre mêmes murs blancs à longueur de semaine. J’avais besoin de bouger, de voir des gens. Le remède ? Une fin de semaine intensive d’activités.

Vendredi soir, c’était la Notte bianca à Carpi. Quand on sait de quoi a l’air la nuit blanche organisée à Montréal chaque année à la fin de l’hiver, on a plutôt envie de rire devant la programmation de la Notte bianca qui se déroule ici, mais bon, sur le plan des activités culturelles, une ville de 70 000 habitants ne peut pas rivaliser avec une autre de 2 millions d’âmes… Au menu de cette fameuse nuit blanche, il y avait surtout des dégustations de produits typiques, des apéros, des spéciaux sur l’alcool et des spectacles dans les bars. Aussi, les magasins du centro étaient exceptionnellement ouverts jusqu’à tard en soirée. Radio Bruno (l’équivalent de Radio Énergie dans le coin) assurait l’animation sur une des piazze et les rues étaient pleines à craquer de gens mis sur leur trente-six.

Le but de l’affaire était de célébrer la fin de l’été et d’offrir une dernière bonne raison aux citoyens de partager des moments agréables à l’extérieur, avant que l’hiver ne débarque. L’affaire, c’est qu’ici, il continue de faire entre 25 et 30 degrés tous les jours, avec un soleil ravissant et pratiquement jamais de précipitations, alors personnellement, la fin de l’été, je ne vois pas trop quand c’est censé avoir lieu ! Et pour ce qui de « l’hiver » qui approche à grands pas, en tant que Québécoise, je ne peux m’empêcher de sourire et de me dire que la saison froide que je m’apprête à affronter risque d’être une vraie blague comparé à ce que je suis habituée de vivre. En fait, je devrai avouer que j’ai l’impression que l’hiver québécois et ses caprices vont me manquer. Déjà, j’ai une certaine nostalgie de l’automne de chez nous. Ici, les arbres perdent tranquillement leurs feuilles en raison du manque de lumière, mais avant, celles-ci ne deviennent pas rouges, jaunes, orangés, etc., mais seulement vert kaki ou brunes. Je ne me plains pas des merveilleuses températures que nous avons, j’en profite au contraire à chaque instant, or, je me rends bien compte que les quatre saisons, telles que je les ai toujours connues jusqu’ici, sont profondément inscrites dans mon corps. Mes yeux, ma peau, mon sang ont appris à vivre avec les changements brusques de température, les différences marquées entre une saison et l’autre, les plus trente humidex et les moins trente facteur vent ; ici, en zone tempérée, comment dire, je me sens moins mise à l’épreuve, j’ai l’impression que tout est plus facile et en même temps, j’éprouve le sentiment de manquer de « défi ». Étrange sensation…

Après la fête de vendredi, samedi, alors que F. travaillait, je me suis payé une petite randonnée en train jusqu’à Bologna, afin de prendre un bon bain de foule et d’aller magasiner (je n’en peux plus de voir mes vêtements ! J’ai dû emporter avec moi à peine le quart de ma garde-robe, afin de ne pas excéder le poids qui m’était alloué lorsque j’ai pris l’avion, et le trois quart qui est resté au Québec me manque beaucoup !). Côté bain de foule, j’ai été très bien servie. La ville était envahie de gens, touristes autant que locaux, qui cherchaient les bonnes aubaines au marché La Piazzola, qui savouraient cafés et cocktails sur les terrasses ou qui faisaient simplement les courses régulières du samedi, en prévision du traditionnel dîner familial du dimanche. Côté magasinage, j’ai plus ou moins trouvé ce que je cherchais, malgré la quantité phénoménale de vêtements que j’ai essayés. Ce n’est pas parce qu’on est en Italie, centre mondial de la mode, que le linge est beau… Je suis ici confrontée au même problème que j’éprouvais à Montréal : je ne trouve rien à me mettre car 1) les magasins ne vendent que de la guenille faussement vintage qui déchire après un lavage malgré le fait qu’on l’a payée 50 pièces, 2) les coupes sont conçues pour des filles filiformes sans cuisses ni seins et 3) en tant qu’ex-vendeuse de linges chez Simons, qui s’est évertuée pendant près de 5 ans à satisfaire la clientèle la plus exigeante, j’en suis venue à développer une haine profonde envers les boutiques, leurs commis et, surtout, leurs clients. Bref, je déteste magasiner, alors après deux heures de lèche-vitrine je m’énerve et j’ai juste envie d’aller prendre un verre de rouge pour me détendre ! Je serai à tout le moins revenue à la maison avec deux nouveaux morceaux de linge et trois nouveaux livres. Les livres, ça, ce n’est jamais un problème d’en trouver qui me plaisent ; c’est plutôt l’inverse qui se produit, il y en a trop qui m’intéressent et je peine à me résigner à n’en acheter que quelques-uns.

Ma journée de marche et de soleil bolognais s’est terminée dans le chaos de la station de train.  L’Italie, et l’Europe en général, c’est merveilleux, parce que le train vous amène pratiquement partout et presque en tout temps. Voyager de grande ville en grande ville est plutôt facile, même les voyageurs qui ne parlent pas la langue du pays se retrouvent facilement. Cependant, voyager en direction ou en partance de villes de moindre importance, là, ça peut devenir tout un bordel. Le train que vous devez prendre n’a généralement pas comme destination finale la ville où vous désirez vous arrêter, alors c’est un chiar seulement essayer de comprendre quel train vous devez emprunter. Ensuite, il faut déduire sur quelle voie vous devrez aller prendre ledit train – dans les stations comme Bologna Centrale, il y a généralement une dizaine de voies et les voies de départ et d’arrivée changent souvent, pour diverses raisons (retards, accidents, changements d’horaires, etc.). Avant d’embarquer dans le wagon, vous devez évidemment composter votre billet et, surtout, vous assurez que celui-ci est valide pour le type de train sur lequel vous vous trouvez. Parce qu’un billet de train « Régional » ne peut être utilisé sur un train « Intercity », même si ce dernier s’arrête bel et bien dans la ville qui vous intéresse. Hier, par exemple, pour aller à Bologna, j’ai dû attendre plus longtemps pour prendre une correspondance régionale, alors que j’avais devant moi un train qui allait à Bologna mais auquel je n’avais pas « droit ».

Une fois dans le train, si vous avez la chance d’avoir une place assise, vous pouvez vous reposer. Ça, c’est si un « inconvénient » quelconque ne se fait pas sentir. L’été, il arrive fréquemment que l’air climatisé ne fonctionne pas et l’hiver, même chose pour le chauffage. Dans mon cas, le problème ne fut pas « climatique », mais plutôt « sonore » : dès la montée dans le wagon de seconde classe, un son strident est venu heurter les tympans des voyageurs. Ce son extrêmement aigu et très fort était, c’est le moins qu’on puisse dire, dérangeant. J’osai espérer qu’il disparaîtrait une fois que le train se mettrait en marche, pensant qu’il était peut-être dû à un problème de frein ou un truc du genre. Malheureusement, une fois que le train eut quitté la gare, le bruit demeura tout aussi insistant. Je tâchai de le camoufler en enfilant mes écouteurs et en mettant le volume dans le piton, ce qui arrivait à peine à couvrir l’insupportable sifflement. À un certain moment, un préposé traînant un chariot de boissons et de friandises est entré dans notre wagon ; un des passagers, un vieillard sympathique, lui a demandé s’il ne pouvait pas faire quelque chose à propos de ce bruit. La réaction première du préposé fut « Quel bruit ? » Euh, celui qui vous empêche de penser à quoi que ce soit d’autre, peut-être ! me dis-je dans ma tête. « Ah, ça !  C’est peut-être l’interrupteur de l’interphone qui est coincé, je vais aller vérifier. » Il a continué son chemin jusqu’au prochain vestibule. Il n’est pas allé plus loin. Il s’est arrêté là. Il jasait avec des passagers, ou je ne sais trop. Pendant tout ce temps, ce son à rendre fou persistait. Dans mon cas, il ne s’est arrêté que lorsque je suis descendue à Modena, pour effectuer mon transfert en direction de Carpi. Pour les autres passagers, le son a continué. Parmi eux, certains devaient se rendre jusqu’à Piacenza et en avaient donc pour une autre bonne heure et quart à devoir endurer ce calvaire. À moins que quelqu’un ne se charge de régler le problème. Mais ce n’était vraiment pas parti pour être le cas.

***


La suite de mon week-end haut en aventures, dans un prochain billet…

lundi 19 septembre 2011

De soleil et d'eau fraîche


Comme j’en ai fait mention la semaine dernière, lors du passage en Italie de D. et G. (appelons-les Dolce et Gabbana pour l’occasion), j’ai eu l’occasion de faire quelques petites escapades qui méritent d’être ici relatées.

Rappelons que Dolce et Gabbana sont arrivés le mercredi soir en sol italien, à une heure plutôt tardive. Comme ils arrivaient de l’Autriche, cette journée-là, ils ont fait environ dix heures de voiture. Le lendemain, ils avaient grandement besoin de se reposer. Nous sommes restés sagement à Carpi, profitant de ses nombreux attraits touristiques, à savoir le célèbre marché public du jeudi, où se donnent rendez-vous tous les aînés et toutes les femmes au foyer de la ville, et le mythique Trentanove, le bar où nous allons souvent faire l’apéro avec les copains. D&G trouvait que c’était pas mal tard 20h pour faire l’apéro, et ils avaient bien raison, mais pour ma part, après deux mois ici, j’ai fini par m’habituer à ces horaires bizarres pour mon estomac de jeune femme américaine ! Ce soir-là, nous avons soupé aux Spritz (un drink qui est un mélange de vin blanc mousseux, d’Apérol ou de Campari, avec une tranche d’orange et des glaçons), aux petites bouchées offertes par le bar et au gelato (un menu que j’adopte de plus en plus souvent le vendredi soir !).

Le lendemain matin, un peu avant 8 heures, Dolce, Gabbana et moi-même avons quitté Carpi en direction des Cinque Terre, qui se trouve à environ 2 heures de route de la maison – à condition d’emprunter l’autoroute et de dépenser une quinzaine d’euros de péage, 30 aller-retour, autrement, ça prend au moins 3h30, étant donné qu’il faut traverser une chaîne de montagnes.

Nous avons laissé la voiture à La Spezia pour prendre un train pour Riomaggiore, le premier village des Cinque Terre. Je suis arrivée à La Spezia avec la plus grosse envie de pisser que je n’ai jamais eu de ma vie ! La voiture était stationnée à plus ou moins 1 km de la gare et il m’était impossible d’attendre jusqu’à la station de train pour uriner. Je marchais avec difficulté et douleur. J’ai voulu m’arrêter dans un café où la tenancière s’affairait à balayer l’entrée ; elle m’a répondu qu’ils étaient fermés. Je lui ai demandé gentiment si je pouvais quand même utiliser les toilettes – ça devait se voir sur mon visage que je souffrais vraiment beaucoup de la vessie –, elle a pris pitié de moi et a demandé à son boss qui se trouvait juste à côté si je pouvais utiliser la salle de toilette. Sans compassion, le regard froid, il m’a dit « On est fermé, désolé. » J’aurais dû pisser sur le trottoir en face de son beau commerce fermé, ça lui aurait peut-être appris à faire preuve d’un petit peu plus d’humanité à l’égard des vessies en peine ! J’ai heureusement trouvé un autre café à la toilette plus accueillante. J’ai acheté une bouteille d’eau supplémentaire à cet endroit, me doutant que les 500 millilitres d’eau que j’avais dans mon sac à d’eau ne seraient pas suffisants pour tenir le coup toute la journée, et nous nous sommes ensuite mis officiellement en route pour la gare.

Effectivement, 500 millilitres n’auraient jamais été assez : j’ai consommé plus de deux litres de liquide au cours de cette journée et je ne suis retournée aux toilettes que 8 heures après mon épisode d’envie pressante…

Nous sommes arrivés à Riomaggiore aux alentours de 11h20. Nous n’avons pas visité ce premier village, préfèrant tout de suite nous attaquer aux sentiers. Nous avons longé la via dell’amore, un sentier asphalté qui longe la côte et qui traverse normalement les cinq villages, or, son accès était momentanément fermé entre les deuxième et troisième villages. Nous n’en avions cure, car vraiment, ce sentier est d’un kitsch mielleux qui a de quoi donner mal au cœur ! D’accord, la vue sur la mer turquoise dont les vagues viennent se heurter aux massifs rochers a de quoi ravir l’œil, mais l’impressionnante quantité de touristes en gougounes et en talons hauts, les musiciens nomades qui jouent des chansons d’amour quétaines à l’accordéon et les millions de cadenas et de graffitis laissés là par des amoureux transis dans l’espoir que cela porte chance à leur relation ont de quoi ruiner tout le plaisir que vous pouvez éprouver en admirant la beauté du paysage.

Je n’ai jamais aimé les touristes, même lorsque j’en suis moi-même une, mais dernièrement, j’ignore pourquoi, c’est carrément une haine que j’ai développée à leur égard. Le touriste moyen représente pour moi l’apogée de l’ignorance, de la cupidité, de l’égoïsme et est le pur symbole d’une société de consommation en perdition. Enfin, je m’attaquerai à la question un autre jour plus en profondeur, afin de ne pas gâcher le beau portrait des Cinque Terre que je me suis donné pour mission de vous dresser !

Après avoir quitté le mièvre et puéril sentier des amoureux, nous sommes pénétrés dans le village de Manarola, à la recherche de la trail qui s’enfonce dans les terres. Ça nous aura pris un bon 20 minutes avant de réussir à comprendre où se trouvait le chemin que nous désirions emprunter, faute d’indications claires. À l’aide d’autres touristes et de nos trois langues (anglais, français, italien), nous avons réussi à dénicher ce que nous cherchions. Tous ceux à qui nous avons demandé des indications nous ont avertis : il y a beaucoup de marches, mais ça vaut vraiment la peine.

Ils avaient raison : nous avons monté 700 marches et bordel que ça valait le coup d’œil ! Nous aurions pu être un peu plus futés et nous arranger pour monter ces centaines de marches à un autre moment qu’à l’heure du zénith, mais bon, tout comme le soleil, on ne peut pas toujours être brillants ! Nous avons eu chaud quelque chose de rare, y compris dans des endroits où il n’est pas habituel d’avoir de la sueur. La canicule italienne battait toujours son plein et il n’y avait pas un nuage dans le ciel. C’est donc en état de semi-décomposition que nous sommes arrivés au sommet. Je me suis amusée à prendre quelques photos avec mon cellulaire, mais pour des clichés encore plus époustouflants, je vous invite à aller visiter le blogue de D&G, car Dolce est un photographe professionnel et il avait avec lui un attirail beaucoup plus efficace que mon Blackberry à deux mégapixels.

Avant de continuer notre route vers le village de Corniglia, nous avons fait un petit arrêt lunch en hauteur, près d’une jolie chapelle où s’étaient également arrêtés d’autres randonneurs, en majorité des Français dotés du charmant accent du Sud. L’un d’eux nous a offert le digestif en guise d’apéro et nous a invités à prendre quelques gouttes d’un spiritueux grec à même sa fiole de métal. Dolce a accepté avec grande joie la proposition, tandis que Gabbana et moi l’avons déclinée, car une seule goutte d’alcool aurait probablement été suffisante pour nous saouler, étant donné notre état de randonneuses aux muscles ramollis par le soleil de plomb et le manque de protéines. Nous nous sommes donc contenté des vivres que nous avions apportées avec nous – avocat, thon, huile d’olive, concombre,  biscottes, confitures, noix – et du thé glacé bien frais que nous nous sommes procuré dans un dépanneur béni des marcheurs déshydratés.

Ragaillardis, nous avons repris la route. Nous avons circulé dans les vignes, à flanc de montagnes, alors que les vignerons s’affairaient à cueillir le raisin qui servirait par la suite à fabriquer le bon vin. Les sentiers étaient paisibles, bien que nous ayons croisé plusieurs personnes. Pendant d’interminables minutes, nous avons marché derrière une famille d’Italiens verbomoteurs qui n’arrêtaient pas de parler de choses inintéressantes et de commenter tout ce qu’ils voyaient. « C’est moi qui va prendre ma douche en premier ce soir, shot gun! » ou encore « Comment on dit turban en arabe ? Ça doit être à peu près comme ça, hein : tourbanne ? », et j’en passe, et j’en passe. Les Che bello ! fusaient de toute part et gâchaient le silence chargé d’or et d’humidité de l’instant. J’avouai à mes comparses qu’ils étaient chanceux de ne pas comprendre l’italien parce qu’au moins, l’insipidité des propos tenus par nos voisins de marche ne pouvait ainsi pas les atteindre.

La descente jusqu’au village de Corniglia fut plutôt difficile pour les genoux – mes rotules ont bien failli rentrer par en dedans environ cinq fois tellement j’avais la jambe molle. Arrivés là-bas, nous avons pu jouir d’une fontaine d’eau fraîche mise à la disposition des voyageurs pour nous mouiller la nuque et le visage. Nous avons par la suite déambulé dans les mignonnes petites rues de Corniglia et nous sommes procuré un rafraîchissant granité fraise et citron pour nous refroidir le cerveau. Bien que le village étaient envahi par les touristes (parmi lesquels quelques-uns à l’accent québécois), son charme a pu se rendre jusqu’à nous et nous tirer quelques sourires. De là, nous avons repris le train (nous avions un billet qui nous permettait de monter à bord du train reliant les 5 villages autant de fois que nous le souhaitions au cours de la journée) pour nous rendre à Monterosso, le dernier et le plus gros village des Cinque Terre, choisissant de ne pas faire d’arrêt à Vernazza, étant donné que l’après-midi tirait déjà à sa fin et que nous ne voulions pas rentrer trop tard à Carpi.

À Monterosso, nous nous sommes garochés à l’eau en bobettes et en brassières. Nous n’avions pas cru bon amener nos maillots de bain, or, nous avons eu tellement chaud qu’une baignade dans la Méditerranée s’imposait. L’eau était tellement salée que je flottais « debout ». En raison d’un centre de gravité particulièrement bas, je possède de façon générale une capacité de flottaison particulièrement impressionnante (difficile pour moi de rester assise dans un spa, je remonte à la surface à tout coup !), mais tout de même, réussir à rester droite dans l’eau sans bouger ni les bras ni les jambes et avoir la tête qui demeure en dehors de l’eau, ça ne m’était jamais arrivé !

Qui dit pas de maillot de bain dit pas de serviette : après notre saucette dans la chaude et salée mer Méditerranée, nous avons directement réenfilé nos vêtements et c’est donc le cul mouillé que nous sommes allés casser la croûte. Il n’était que 18h, c’est-à-dire difficile de trouver un restaurant ouvert pour le repas, mais nous avons fini par dénicher un petit bar où il servait autre chose que des chips pour nourrir leur clientèle. Avant de retourner prendre le train en direction de La Spezia, nous sommes arrêtés chercher un gelato, qui malheureusement goûtait la glace – les endroits touristiques ne sont vraiment pas une référence en matière de bonne bouffe, qu’on se le tienne pour dit.  Nous avons mangé notre glace (le terme français s’applique ici très bien) en trottinant le long de la mer, éclairés par la lumière orangé du soleil qui se couchait. Il y a des paysages qui parviennent à faire oublier le goût décevant de certaines choses…