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mardi 27 septembre 2011

L'aviateur, la rock star, les sommets du monde


Samedi en début de soirée, après que F. soit revenu du boulot et moi de ma virée shopping à Bologna, nous avons fait nos sacs à dos et sommes embarqués dans la voiture. Direction : Fellicarolo. Nous avions projeté de passer la nuit au chalet de l’oncle de F. afin de partir très tôt le lendemain matin pour le Monte Cimone, que nous avions pour but de grimper.

Sur la route vers la montagne, nous avons téléphoné aux deux seuls restaurants de Fellicarolo pour savoir si l’on pouvait s’y arrêter pour souper. Le premier nous a répondu qu’il était déjà complet (à chacun sa définition du mot « complet » : nous sommes arrivés là-bas et il y avait à peine trois ou quatre tables d’occupées sur la vingtaine disponibles) ; le second nous a dit qu’il nous accueillerait avec plaisir, nous spécifiant par contre que nous devrions nous contenter du menu fixe. Pas de problème.

Ce restaurant où nous nous sommes posés pour le repas n’est pas à proprement parler un « restaurant ». C’est une auberge tenue par un pilote d’avion à la retraite qui accueille les voyageurs et qui leur offre également de quoi se restaurer. L’endroit est ouvert « sur demande ». Tu ne peux pas te présenter là à l’improviste et demander à voir le menu. Il n’y a pas de menu. Tu manges ce que la femme de l’aviateur a décidé de préparer ce soir-là et tu fermes ta gueule.

Nous sommes arrivés et une table pour deux avait été dressée à notre intention. L’endroit était vide. L’aviateur et sa femme regardaient la télé. Quand nous avons passé le seuil de la porte, ils ont éteint le téléviseur et nous ont chaleureusement invités à nous asseoir. La dame s’est dirigée vers les fourneaux et le pilote nous a expliqué ce qu’il y avait au menu. En fait, pour le primo piatto, nous avions le choix entre deux types de pâtes et un risotto aux fruits de mer pas piqué des vers, selon notre hôte. Comme j’avais mangé un risotto pour dîner, nous avons opté pour les farfalle al ragù. « E il vino, bianco o rosso ? » Ici, on ne vous demande pas si vous voulez du vin, on vous demande si vous le voulez rouge ou blanc.

Les pâtes goûtaient le métal. Nous avons tout mangé. Pas parce que c’était bon, mais parce que nous avions faim et que l’aviateur était assis juste à côté de nous, à nous regarder bouffer. La télé était éteinte, il n’y avait ni musique ni d’autres clients pour le distraire. Tous ses regards étaient donc tournés vers nous. Pas trop le choix de lui faire la conversation. F. s’en est chargé. Moi, j’arrivais difficilement à comprendre ce qu’il marmonnait, puisque sa moustache mangeait tous les mots qui sortaient de sa bouche.

A suivi le secondo, qui consistait en quelques tranches de bœuf trop cuit dans un jus brun et des cubes de pommes de terre cuits au four. Ordinaire. Le vin, quant à lui, était potable. Par contre, pas moyen de savoir de quoi il s’agissait exactement. Un Merlot, un Sangiovese, un Montepulciano, allez savoir ! L’aviateur nous l’a servi dans une vieille bouteille couverte de traces de doigts, à l’étiquette décollée. On l’a bue pour oublier que ce que nous mangions là était loin d’être le meilleur repas de notre vie. Ça goûtait mon enfance en fait. La viande trop cuite, le sel et le poivre comme seules épices, les légumes pratiquement absents de l’assiette. De la bouffe de matante qui fait à manger parce que c’est son rôle de femme au foyer, pas parce qu’elle est transportée par la passion de la bonne chère. Mais bon, à douze euros par tête de pipe, on ne chiale pas trop.

Rendus au chalet, nous avons étudié un peu la carte des sentiers du Monte Cimone et décidé du parcours que nous voulions faire le lendemain. Nous nous sommes couchés très tôt, parce que nous voulions nous lever à 6h30 et, surtout, parce qu’il n’y a pas grand-chose à faire à la montagne, une fois que le soleil est couché.

Dimanche matin, avant de partir, nous avons cueilli quelques légumes frais dans le jardin afin d’avoir des crudités pour accompagner nos sandwichs, nous avons bouclé les valises et pris la direction du village de Sestola, le plus grand village du coin, avec ses quelques 2 600 habitants. Le sentier que nous voulions prendre était censé partir de là. Heureusement, nous sommes arrêtés à l’information touristique – qui était étonnamment ouverte, un dimanche matin à 8h00 ! – ; la jeune femme nous a expliqué qu’il valait mieux monter encore un peu avec la voiture pour rejoindre le Lago della Ninfa (lac de la nymphe) ou le Passo del Lupo (passage du loup), car juste cela, c’était douze kilomètres. Il faut croire que F. et moi ne savons pas vraiment lire des cartes, ce n’est pas du tout cela que nous avions compris !

Avant de partir pour le Lago della Ninfa, nous avons pris le petit déjeuner dans un bar (ici, dans un bar, on ne boit pas seulement de l’alcool, mais aussi et surtout du café, et on mange des panini, des dolci et des gelati). On aurait bien aimé bouffer un deux-œufs-bacon, histoire de faire le plein de protéines avant de marcher pendant six heures, mais ça n’existe pas en Italie. On s’est contenté d’un bombolone, une sorte de beigne fourré à la crème. Délicieux, mais pas très soutenant. Après, nous sommes donc passés par le forno (boulangerie) pour s’acheter une pointe de pizza tomates et mozzarella, en nous disant que le fromage au moins nous fournirait un peu d’énergie… Il m’est souvent arrivé depuis que je suis en Italie de voir des gens manger de la pizza pour déjeuner. Je trouvais ça un peu exagéré, mais maintenant, je comprends : c’est la seule chose consistante qu’il est possible de bouffer le matin dans ce pays ! Nous avons dégusté notre pizza sur le bord du Lago della Ninfa, seuls avec la rosée, le brouillard matinal, l’eau calme du lac et les oiseaux. Nous nous sommes ensuite mis en route.

Dès le début nous étions en ascension. Nous avons très peu marché sur des sentiers plats. Les cuisses et la patate se faisaient aller, disons que ça réveillait sa femme assez brutalement. Nous avons fini par trouver notre rythme et la montée s’est bien déroulée. Nous l’avons effectuée en beaucoup moins de temps que prévu. Peut-être sommes-nous plus en forme que ce que nous croyions, finalement…

Le début du parcours s’effectuait dans le bois, à l’abri sous les arbres, mais rapidement, la végétation verdoyante a fait place à une sorte de désert de roches et d’herbes sèches. Il faut dire que rendus à 2000 mètres, il n’y a plus grand’ plantes qui accepte de pousser. La vue que nous avions sur l’Émilie-Romagne, d’un côté, et sur la Toscane, de l’autre, était plutôt impressionnante, bien que quelques légers nuages de brume nous empêchaient de voir parfaitement l’horizon. Paraît-il que du haut du Monte Cimone, il est possible d’apercevoir la mer. Nous n’avons pas pu le vérifier de nos yeux vus, mais laissez-moi en douter… Certains ont dû confondre les vagues sensuelles des monts et des vallées avec les ondes silencieuses de la Méditerranée. Un mirage est si vite arrivé.

Au sommet du Monte Cimone, le plus haut de l’Émilie-Romagne, je le rappelle, se trouve une station d’observation météorologique qui, je l’avoue, ruine un peu le paysages. Mais y trône également une sympathique et minuscule chapelle à l’intérieur de laquelle jouent sans relâche d’apaisants chants grégoriens. Nous avons donc savouré notre petit pique-nique assis sur le parvis de la chapelle, bercés par les voix antiques qui résonnaient dans le paysage sans fin.

La descente fut plus difficile que la montée. Le sol rocailleux était glissant et je me suis joliment plantée deux fois – j’ai ainsi appris à mes dépens qu’il ne faut pas se moucher en descendant une côte, car si on perd l’équilibre, nos deux bras ne sont pas disponibles pour nous aider à le rattraper. Je peux vous garantir qu’en prévision de notre prochaine excursion, nous allons nous procurer des bâtons de marche… À défaut d’en avoir cette fois-là, je me suis ruiné les genoux et les chevilles. Les muscles des cuisses, qui ont travaillé plus souvent qu’à leur tour, me font encore souffrir.

Probablement en raison de tous ces efforts physiques, j’avais une folle envie de viande rouge, envie que j’ai comblée le soir même au restaurant I Carducci de Carpi, en mangeant une délicieuse tagliata di manzo au parmesan et à la roquette. En entrée, nous avons eu droit à de sublimes gnocco fritto (les meilleurs que j’ai mangés jusqu’à présent) accompagnés de charcuteries de qualité. Nous aurions bien pris un dessert, mais le restaurant débordait et la serveuse n’est jamais revenue nous voir après que nous lui ayons dit que nous désirions terminer la bouteille de Chianti avant de passer au dolce. Pour s’excuser de ne pas avoir été attentive à nos besoins, elle nous a offert l’amaro, que nous avons siroté en regardant la clientèle et les propriétaires du restaurant s’énerver le poil des jambes parce que Liga était là. Ce mec, qui est né dans la même petite ville que F., à quelques kilomètres de Carpi, est une rock star en Italie. C’est un peu comme si Garou était rentré dans un resto à Drummondville, mettons. Les cellulaires se faisaient aller l’appareil-photo et tout le monde cherchait un bout de papier à faire autographier par le chanteur. Personnellement, j’ai fait la même chose que si j’avais croisé Garou au Normandin de Drummon : je ne lui ai pas demandé d’autographe. Devant ce spectacle fanatique, F. et moi rigolions, savourant toujours notre amaro.

Le phénomène du vedettariat est vraiment quelque chose de relatif.  Quand nous nous trouvons en contrée étrangère, nous avons très peu de moyens de reconnaître une vedette locale lorsque nous en croisons une ; nous la traitons donc comme une personne normale – ce qu’elle est. Nous retrouvons une certaine forme de naïveté par rapport au statut de ces gens qui passent à la télé et à la radio. Ouain, pis ? que nous nous disons. Cet homme mange des pâtes comme tout le monde, il va faire pipi à la fin du repas comme tout le monde et il veut avoir du plaisir comme tout le monde.

En nous dirigeant vers nos bicyclettes, au sortir du restaurant, F. et moi avons vu ce fameux Liga s’amuser avec la petite fille qui l’accompagnait (son enfant, sa nièce, qu’en sais-je) ; il jouait à cachette entre les voitures avec elle. Ils couraient en zigzag, rigolaient, s’amusaient à faire faire des sauts aux deux femmes avec qui ils se trouvaient. Assister à cette scène valait bien plus que n’importe quelle photo prise avec un iPhone ou n’importe quelle signature griffonnée sur une serviette de table. Malheureusement, les fans de Liga étaient trop occupés à admirer la griffe qu’avait laissée leur chanteur préféré à l’endos de leur facture de repas pour voir ce qui se passait devant eux, de l’autre côté de la rue. 

mercredi 10 août 2011

Après la montagne le beau temps

Vendredi dernier, en milieu d’après-midi, F. et moi nous sommes dirigés vers Fellicarolo, dans les Appennini – ou Apennins, en français –, une chaîne de montagnes qui traverse l’Italie du Nord au Sud, sur plus de 1000 km. Fellicarolo est posté à 922 mètres au-dessus du niveau de la mer, face au mont Cimone qui, avec ses 2165 mètres d’altitude, est le plus haut de la portion nord des Appennini. De Carpi, cela prend environ 1h30 normalement pour se rendre dans ce petit village. Or, cela nous a pris 2h30. Leçon numéro un : fiez-vous à votre GPS, mais pas trop. Osez le contredire parfois. À un certain moment, j’ai dit à mon cher mari « Il me semble que cette route-là ne me dit rien. Quand on est allés au chalet l’an dernier, ça n’avait pas l’air de ça… » La route que nous a fait faire le GPS était « l’ancienne route » ; depuis, on en a construit une beaucoup moins longue et, surtout, beaucoup moins sinueuse. J’avais un peu mal au cœur rendue là-haut, après tous ces zigzags ! Sur notre chemin, outre des collines, des courbes, des vallées et d’autres collines, nous avons rencontré deux faisans, dont un qui n’était vraiment pas pressé de traverser le chemin. Il a failli finir en brochettes…

À défaut d’avoir de la viande de faisan fraîche pour souper, nous sommes allés manger dans un pittoresque restaurant situé dans je ne sais plus quel village, à quelques 45 minutes (de courbes, encore) de Fellicarolo. Remo, l’oncle de F., avait réservé 11 places – nous sommes allés manger avec d’autres parents de F. et des voisins – et avait demandé à ce que soit présent le cuisinier de borlenghi – aussi connus sous le nom de zampanelle. De fait, ce restaurant avait au menu, comme tout restaurant qui se respecte en Italie, de la pizza et des pâtes, or, si nous en faisions la demande à l’avance, on pouvait nous offrir ces fameux borlenghi, qui sont des sortes de crêpes très, très minces, donc très, très croustillantes, à l’intérieur desquelles se trouve un mélange de lardon, d’ail, de romarin et de parmesan. Lorsqu’il y a de la clientèle intéressée à en consommer, le resto appelle l’expert en borlenghi – qui ne se déplace évidemment pas seulement pour deux personnes.

Le cuisinier prépare des borlenghi pour tous ceux qui en veulent et n’arrête d’en faire que lorsque nous lui disons que nous sommes sur le bord de vomir du lardon. Chaque fois qu’un borlengo (singulier du mot borlenghi) est prêt, c’est le cuisiner lui-même qui vient le porter à la table. J’ai été la première personne servie. Je me sentais un peu observée, car tout le monde autour de la table se demandait comment la Canadienne allait trouver ça. C’était plutôt bon, je dois avouer ! J’ai pris deux tournées de borlengo – je ne voulais pas m’écœurer du goût, j’ai donc poursuivi le repas avec un plat de tortellini au speck et au noix. Quelques convives autour de la table n’ont cependant mangé que ça. Milvia, la tante de F. s’en est farci six. Ce qui est merveilleux, c’est que pour tenir le compte du nombre de borlenghi que la tablée a mangé, on doit conserver toutes les assiettes dans lesquelles les borlenghi sont arrivés ; à la toute fin, ils comptent simplement la quantité d’assiettes vides sur la table. Principe simple et efficace !

À la fin du repas, nous avons réglé la note selon la méthode romaine (« alla romana »), c’est-à-dire que nous avons divisé le coût total de la facture par le nombre de convives, punto. Pas de tétage pour savoir qui a pris quoi, ce que ça valait, qui devrait payer plus, qui devrait payer moins : tout le monde s’en sort pour le même prix. L’avoir su avant, j’aurais mangé ce qui coûte le plus cher sur la carte ! (Je rigole.) N’empêche, cette façon de faire en dit long sur les Italiens : un de leurs plus grands plaisirs est de partager leur repas avec des gens d’agréable compagnie, et cela leur importe peu de payer plus ou moins, l’important est d’avoir passé un bon moment et d’avoir bien mangé. Cela dit, il existe aussi une autre manière de « payer », dite « alla napoletana » (à la napolitaine), qui en dit aussi long sur la culture italienne : partir en courant ! Comme on n’était pas à Naples, ce n’est pas ce qu’on a fait, bien sûr.

Le lendemain matin, pas de cadran. Nous nous sommes reposés – ce qu’on dort bien à la montagne, c’est frais, c’est noir, c’est silencieux – jusqu’aux environs de dix heures. Après avoir englouti un café et une tartine, F. est allé jardiner avec sa tante, tandis que moi j’ai lu. En fait, au cours du week-end, j’ai terminé mon premier roman en italien : Lessico famigliare (littéralement « lexique familial », mais qui a été traduit par Les mots de la tribu pour la version française – drôle de choix selon moi) de Natalia Ginzburg. À tous les littéraires parmi vous : je vous suggère fortement cette lecture, vraiment très intéressante. J’ignore ce que ça donne en français sur le plan du rythme, qui est assez particulier, mais ne serait-ce que du point de vue historique, c’est une lecture tout à fait enrichissante. Pour ma part, j’avoue être plutôt fière de l’avoir lu en italien aussi rapidement et, surtout, d’avoir pratiquement tout compris ! J’ai conclu qu’il était beaucoup plus simple et satisfaisant de lire sans passer mon temps à chercher les mots que je ne connais pas dans le dictionnaire, quitte à perdre un ou deux morceaux de texte une fois de temps en temps. Lire en étant constamment accrochée à mon dico bilingue était fastidieux et je me décourageais après quelques pages. Avec la méthode « sans dico », j’ai tout simplement fait confiance à mon instinct, j’ai relu certains passages plusieurs fois pour finir par comprendre, et c’est tout. J’ai bien demandé la signification d’un ou deux mots à F. ici et là, mais sans plus. Étant donné que je suis très visuelle, je constate que la lecture est très efficace pour m’aider à apprendre du nouveau vocabulaire. Enfin, tout ça pour dire que mon italien s’en vient pas si mal. J’ai encore un peu de difficulté à m’exprimer à l’oral, je n’ai pas encore « débloqué », mais ça ne saurait tarder.

Pour en revenir à notre séjour à la montagne, samedi après-midi, nous avons fait une petite randonnée en hauteur. Accompagnés de Milvia, nous avons emprunté différents sentiers pour nous rendre jusqu’à la Casa Baroni, un restaurant situé à quelques 1000 mètres d’altitude. Nous nous y sommes arrêtés pour prendre un café et nous reposer un peu. Pendant que Milvia discutait à l’intérieur avec la propriétaire de l’endroit, moi, dehors, je nourrissais un des chats de celle-ci, qui était chétif et affamé. La proprio a expliqué à F. que cette chatte ne s’entendait pas bien avec ses autres chats et qu’elle était toujours à part. Elle a ajouté qu’elle était malade et qu’on pouvait la prendre si on voulait. Les gens de la montagne n’ont pas la même relation avec les animaux domestiques que les gens de la ville – en tout cas, pas la même relation que moi je peux avoir ! Jamais ne me passerait par la tête l’idée d’offrir à un pur inconnu de prendre mon chat avec lui – encore moins mon chat malade. Pauvre petite chatte, elle avait subi une fausse couche quelques semaines plus tôt. Elle était visiblement beaucoup trop faible pour avoir des bébés. Bref, j’ai tâché de lui donner un peu d’énergie en partageant avec elle ma réserve d’amandes – malheureusement, je ne traînais pas de canne de thon dans mon sac à dos ! La petite bête a bien apprécié mes noix – elle doit être de la même lignée que ma chatte Mia, qui adore tout ce qui est graines, noix et… chips !

Bon, vous l’aurez compris, je m’ennuie de mes chats, d’où le précédent paragraphe. Mis à part des chats mal nourris, nous n’avons pas vraiment vu d’animaux à la montagne. F. a vu une chouette un soir, et c’est à peu près tout.  Et heureusement pour lui, il y avait beaucoup moins de moustiques qu’en ville. Le pauvre fait des réactions incroyables aux piqures de moustiques, et ce, depuis qu’il est tout petit.

Le samedi soir, en compagnie de Remo, Milvia, Bruno (le frère du grand-père de F.) et de Giovanna, la femme de celui-ci, nous sommes allés manger de la pizza au « centre-ville » de Fellicarolo, qui est constitué d’un restaurant et d’un banc de parc. La pizza était, ma foi, délicieuse et la serveuse, fort sympathique. Lorsque F. lui a dit que nous voulions un demi-litre de vin rouge, elle a tout simplement pointé un grand baril au fond de la salle et dit « Il y a du rouge et il y a du blanc. Vous vous servez. » Même principe que pour les boissons gazeuses en fontaine à volonté chez Subway, sauf que là, c’était du vin ! Après la pizza, nous avons pris un dessert et la serveuse nous a amené une bouteille de limoncello, comme le veut la tradition dans les pizzérias ici. Au final, nous avons pris une bouteille de Prosecco pour l’apéro, plus d’un litre de bière, 1 litre de vin rouge, six pizzas, 4 desserts, du café et du limoncello. Total de la facture : 10 euros par personne. Décidément, l’Italie offre des avantages indiscutables aux gourmandes comme moi !

Gourmand, il faut l’être pour apprécier pleinement ce pays, car on y mange tout le temps ! Dimanche, nous sommes allés dîner chez Bruno et Giovanna – qui habitent aussi Carpi, mais qui ont également une maison à Fellicarolo. Une partie de la famille était réunie, j’ai donc rencontré quelques petits cousins et petites cousines de F.. Ces gens sont vraiment accueillants, je me suis tout de suite sentie la bienvenue. C’est toujours drôle au début quand je rencontre des proches de F. qui ignorent que je comprends l’italien : je ne sais jamais trop, trop s’ils parlent de moi à la troisième personne ou s’ils me vouvoient. C’est qu’en italien, on ne vouvoie pas : on donne le « lei » (« elle »). La forme de politesse est la troisième personne du singulier, et non la première du pluriel (tout ça a rapport avec l’époque mussolinienne, je vous invite à faire quelques recherches là-dessus, c’est vraiment intéressant). Bref, quand ils disent « A lei, le piace l’Italia ? » (« À elle, ça lui plaît l’Italie ? ») en me regardant, mais surtout en regardant F., j’ai l’impression qu’ils parlent de moi comme si je n’étais pas là et ça me fait rire. Ça me surprendrait qu’ils me vouvoient, puisque partout où je vais, je suis toujours la plus jeune. (F., après avoir lu ce billet, tu me diras ce que tu en penses, d’accord ?!) (Oui, je parle à mon mari par l’intermédiaire de mon blogue.)

Tout ça pour dire que le dîner de dimanche fut encore une fois copieux et bien arrosé. Après, quelques-uns d’entre nous ont joué aux cartes, pendant que les autres se reposaient, discutaient ou lisaient le journal. Il me semble que tous les dimanches devraient être ainsi, non ? Quelle mauvaise idée nous avons eue chez nous, dans les années 90, de permettre l’ouverture des magasins le dimanche. Ici, le dimanche, tout le monde a congé. Les gens généralement se retrouvent en famille, relaxent, bouffent, boivent, dorment, jouent. Il n’y a pas d’autres choses à faire de toute façon. Selon moi, c’est une chose qu’il faudrait ramener au Canada.

Maintenant, ça suffit, je vous laisse tranquilles, j’ai déjà bien assez parlé pour aujourd’hui. Ah, une dernière chose, pour ceux qui n’ont pas vu passer la nouvelle sur Facebook : j’ai obtenu la bourse du Conseil des Arts du Canada, ce qui veut dire que je passerai les prochains mois à écrire mon prochain livre et à être payée pour le faire ! Ce voyage s’annonce officiellement incroyable…