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jeudi 17 novembre 2011

La méthode italienne - une longue et lente agonie


Hier, un peu plus de deux mois après m’être inscrite à mes cours de conduite, je suis finalement allée passer mon examen théorique. J’aurais bien aimé y aller avant, mais l’administration italienne ne voulait pas. Autant elle a été très rapide et efficace quand il a fallu me délivrer un permis de séjour, une carte d’assurance maladie et une carte d’identité, autant elle a pris son temps en maudit pour me permettre de passer ce foutu examen.

Jamais je n’ai vu autant de « tempi tecnici » (délais) inutiles pour une chose aussi simple. Premièrement, j’ai dû me taper six semaines de cours théoriques. Et quand je dis six semaines, c’est six semaines, soit une heure de cours tous les jours, du lundi au vendredi. En fait, c’est seulement six heures de cours obligatoires de plus qu’au Québec, seulement, ces cours sont concentrés au tout début, au lieu d’être étendus sur plusieurs mois. Je dois aussi avouer qu’un des avantages majeurs de prendre mon permis ici, c’est que je n’aurai pas besoin d’attendre dix mois avant de faire mon examen pratique et d’obtenir mon permis : dès que je me sentirai prête, je pourrai le faire. Bref, je chiale, je chiale, mais reste que ce n’est pas nécessairement mieux chez nous. Tout de même, laissez-moi le plaisir de me plaindre encore un peu…

Après m’être tapé les fameuses six semaines de cours, je croyais être bonne pour pouvoir aller passer l’examen théorique directement ; je me mettais la main dans l’œil. J’ai dû passer non pas une, mais bien deux visites médicales. Auparavant, une seule était nécessaire, mais depuis janvier 2011, les règles appliquées pour l’obtention d’un permis de conduire et concernant la conduite des nouveaux conducteurs ont été énormément resserrées. Ils ont entre autres cru bon d’obliger les gens à aller visiter leur médecin de famille afin de lui faire signer une feuille attestant qu’ils n’ont ni problèmes cardiaques, ni problèmes d’épilepsie, ni je ne sais plus quoi. J’ai la chance d’avoir un médecin de famille ici, mais c’était tout de même un peu ridicule de la payer 35 euros pour qu’elle signe cette feuille, car quand je suis rentrée dans son bureau, c’était la première fois qu’elle me voyait de sa vie, alors qu’en savait-elle, elle, si je faisais de l’épilepsie, des crises de nerfs, de l’acné pubien ou des crises cardiaques à répétition?! Elle a empoché mon 35 euros sans chigner et m’a cru sur parole quand je lui ai dit que j’étais en pleine forme.

Le deuxième examen, c’était encore plus ridicule. Auparavant, il n’y avait que celui-ci qui existait. Il s’agit en fait d’aller voir le dottore trentaquattro (le « docteur trente-quatre », qui doit son nom au fait qu’il en coûte 34 euros pour le voir) qui doit confirmer si oui ou non nous avons besoin de lunettes ou de lentilles de contact pour conduire. Auparavant, il évaluait aussi la santé globale du patient en lui posant deux-trois questions débiles, mais puisque maintenant c’est le médecin de famille qui se charge de cette partie, lui, tout ce qu’il a eu à faire, c’est me demander quelle était la force de mes verres (observateur qu’il était, il a remarqué que j’en portais) pour ensuite me faire lire des lettres sur un carton blanc et confirmer que je voyais un minimum de ce qui se passait autour de moi avec mes lunettes. La visite a duré une minute. Suivant ! Sérieux, je veux la job de ce mec : aller m’asseoir tous les vendredis soirs pendant deux heures dans un petit bureau et voir une trentaine de patients pour leur signer une feuille sur laquelle j’inscris les informations qu’eux-mêmes me donnent. Même pas besoin de vérifier quoi que ce soit, juste d’encaisser les 34 euros par personne et de m’en aller me payer une belle soirée au bar après. Trente personnes fois 34 euros, ça fait 1000 euros en deux heures ça… Après ça les Italiens se demandent pourquoi l’économie de leur pays est en crise.

Après avoir payé un total de 70 euros pour me faire dire que j’avais l’air en santé, je croyais en être quitte pour enfin aller faire l’examen : autre bras dans l’œil. Je me suis rendue à l’école de conduite, où l’on m’a dit qu’il devait d’abord faire venir mon foglio rosa (« la feuille rose », soit le petit nom d’amour donné au permis de conduire ici) et que cela allait prendre une semaine. Après ce nouveau tempo tecnico, je n’avais qu’à me présenter de nouveau à l’école pour prendre mon rendez-vous pour l’examen – pas pour le faire, quand même, vous exagérez là, ça aurait été trop facile.

J’ai été patiente et, sept jours plus tard, je me suis présentée comme convenu à l’école. Joie ! mon foglio rosa était bel et bien arrivé, mon dossier n’avait rencontré aucun problème (j’aurais tué quelqu’un si ça avait été le cas) ; je pouvais donc prendre mon rendez-vous. La dame m’a demandé quand je voulais faire mon examen, me spécifiant que ça n’allait pas avant la semaine du 14 au 19 novembre (on était quelque chose comme le 3 novembre). Bon, ben pas trop le choix alors, prenons cette semaine, si c’est ce que vous avez de plus rapide, criss (des fois, je l’avoue, je sacre en français, personne ne comprend, on continue de me regarder avec le sourire sans savoir que je viens de dire un gros mot et moi, ça me défoule). La dame derrière le comptoir m’a spécifié qu’elle ne connaissait pas encore la date exacte de l’examen et que je devrais passer (ennnnccccccoooorrrrreeeeeee) à l’école le jeudi suivant pour voir quel jour précisément le test avait lieu. Une longue et lente agonie, voilà ce que c’est, vouloir prendre son permis de conduire en Italie.

L’examen auquel j’étais inscrite avait lieu mercredi le 16 novembre. Hier. Je ne pouvais pas le croire. Mardi, j’ai révisé un peu, histoire de ne pas me planter le lendemain et de ne pas avoir à repasser au travers d’une partie de cet interminable processus et, pis encore, de payer de multiples fois les 80 euros exigés pour faire l’examen.

Hier, je me suis présentée à 7h45 à l’école de conduite. Les dix élèves (pour la plupart des prépubères, évidemment, j’avais l’air d’une matante à côté d’eux) inscrits à l’examen devaient se retrouver à cet endroit afin qu’on nous emmène à Modena, qui est à environ 25 minutes de Carpi, où est situé le siège de la Motorizzazione civile (l’équivalent de notre SAAQ) et où se déroulent les examens de tous les habitants de la province de Modena.

Nous sommes évidemment partis un peu en retard et il y avait évidemment du trafic sur la route, donc nous sommes arrivés vers 8h50 à Modena. Cela ne changeait pas grand-chose puisque la salle d’examens était déjà occupée par un autre groupe de jeunes. Nous avons donc attendu que ceux-ci terminent leur examen (30 minutes maximum sont allouées pour le compléter), qu’ils reçoivent leurs résultats, qu’ils libèrent l’espace et qu’on appelle les membres de notre groupe un par un. Je crois qu’on a finalement débuté l’examen vers 10h.

Avant de commencer, l’esaminatore, une dame affreusement bête, sèche et amère (une fonctionnaire, quoi) nous a expliqué la procédure et les règlements – surprise, nous n’avions ni le droit de parler entre nous ni celui de regarder dans nos livres. Elle nous a demandé de nous rendre à une certaine page sur l’ordinateur et elle voyait sur son écran que l’un d’entre nous n’y était pas encore. Elle a demandé « Qui ne voit pas cette page sur son écran ? » Silence dans la salle. Elle a répété sa question trois fois, toujours en levant un peu plus le ton, pour finir par gueuler « C’est quoi, va falloir que je fasse le tour des ordis pour voir qui n’est pas sur la bonne page ? » Un gars a finalement compris que c’était lui qui était dans l’erreur. Avec tendresse et compréhension, elle lui a lancé un « Coup donc, tu comprends-tu l’italien, toé ?! » Malaise. Elle a amené le jeune sur la bonne page puis a continué ses longues et inutiles explications. À un certain moment, une jeune fille au fond de la classe a poussé un soupir, qui me semblait être un soupir de stress beaucoup plus qu’un soupir d’ennui, mais l’hystérique l’a pris personnel et s’est mise à l’engueuler « Je vous rappelle, les jeunes, que vous êtes ici par votre propre volonté. Si vous êtes pas contents, allez-vous en, y’a personne qui vous force. » Euh, oui madame, en fait, y’a le gouvernement qui nous force, on n’a pas vraiment le choix de le faire cet examen de marde, alors pouvez-vous vous calmer le pompon et nous laisser le faire en paix?!

Pendant que l’autre folle s’énarvait le poil des d’sous d’bras, sur mon écran, la page de l’examen est apparue par elle-même. Je voyais le compteur descendre tranquillement. 29 :59, 29 :58, 29 :57… Et l’autre qui ne cessait de jacasser et de nous envoyer chier. Avoir été plus sûre de moi en italien, je lui aurais probablement dit que l’examen avait commencé et que j’aurais apprécié qu’elle me laisse l’effectuer dans le silence, mais c’est probablement une bonne chose que j’aie manqué de confiance en moi à ce moment, car je me serais sûrement fait expulser de la salle.

J’ai fini par faire mon examen. En italien. J’aurais pu demander à le faire en français, car dans certaines régions du Nord de l’Italie le français est une langue officielle, tout comme l’allemand, donc il est possible de faire l’examen dans une de ces deux langues, mais je considérais que cela aurait été encore plus difficile, puisque j’avais tout étudié en italien et que je ne connaissais pas nécessairement les termes techniques dans ma propre langue. Je n’ai pas eu droit aux questions les plus difficiles, heureusement. J’ai quitté la salle après une quinzaine de minutes.

Ici, ce n’est pas comme au Québec, on ne sait pas au fur et à mesure si on a bien répondu ou non et le résultat ne nous apparaît pas à l’écran tout de suite après avoir fini. Une longue et lente agonie, je vous dis. Nous avons dû attendre que tout le monde termine son test et sorte de la classe. À ce moment seulement, la fonctionnaire qui ne se fait pas baiser assez souvent par son mari moustachu a pu imprimer les résultats. Elle nous a alors rappelés dans la salle et elle a dit le nom de tous les élèves à voix haute, en précisant qui avait réussi ou non. De quoi faire honte à ceux qui étaient venus faire le test entre amis… Mon nom imprononçable était à la fin, évidemment – Véréhaoult, qui disent, les Italiens. Heureusement, il était suivi de la mention réussite. La majorité l’ont passé, sauf deux ou trois garçons je crois – les vilains, ils n’avaient pas suffisamment étudié.

Une bonne affaire de faite. Maintenant, ne nous restait plus qu’à retourner à Carpi célébrer notre victoire. Or, le responsable de l’école de conduite qui nous avait amenés à Modena était introuvable. Nous ne savions pas ce que nous étions censés faire, quelle était la suite des choses, si nous attendions après notre permis, nos résultats plus précis d’examen ou le messie. Nous avons attendu le mec pendant environ 15 minutes, ce après quoi une petite gang a décidé d’aller au bar situé une centaine de mètres plus loin pour faire la colazione. Quelle bonne idée les amis. Évidemment, le mec est réapparu 5 minutes après qu’ils soient partis. On lui a dit que les autres étaient au bar, il a répondu « Pas de trouble, on part dans 10-15 minutes de toutes façons ». Lui aussi semble être allé se chercher un café. Entre temps, la gang d’ados est revenue. Le mec a mis plusieurs longues minutes avant de se repointer lui aussi. Et on a finalement pu partir. Il était presque onze heures. Je n’ai toujours pas compris après quoi nous avions attendu pendant tout ce temps.

Rendus à l’école de conduite de Carpi, le mec nous a faits descendre et souhaité bonne journée. Ok, mais… c’est quoi la suite, chef ?! Personne ne nous disait rien. Je ne savais pas combien de questions j’avais échouées exactement ni  lesquelles et j’ignorais quand j’aurais enfin mon permis dans ma poche. Je suis allée voir la petite secrétaire (elle et moi, on commence à être pas mal amies, on se voit toutes les semaines, ‘stie). « Alors, c’est quoi la prochaine étape ? », que je lui ai demandé. « Eh bien, il faut faire imprimer ton permis de conduire. Il devrait être prêt dans environ une semaine. Je vais t’appeler quand ça sera le cas. Après, tu pourras commencer à conduire, soit à la maison, soit avec un instructeur. » Encore une semaine d’attente. Pour faire imprimer une putain de feuille. Ça doit être de l’encre vraiment spéciale. Je croyais qu’ils l’avaient fait venir il y a deux semaines, mon foglio rosa ! Ça devait juste être un « Spécimen ». F. dit que c’est parce qu’ils doivent faire venir la chose de Modena. Oui, mais moi, j’y étais 30 minutes plus tôt, à Modena, à poireauter comme une belle dinde tandis qu’il ne se passait rien du tout, j’aurais pu le faire imprimer mon calvâsse de permis de conduire et on aurait été quittes, batinse. Non, ça aurait été trop rapide. Trop simple. Ici, ça doit prendre 4 heures faire un examen qui dure en fait 15 minutes. Et dire que lorsque je pourrai finalement conduire, pendant les trois premières années, je ne pourrai pas dépasser les 100 km/h sur l’autoroute, alors que la limite est de 130 km/h pour les autres – une autre des règles qui a été resserrée en janvier 2011. Une longue et lente agonie.

En Italie, les choses doivent être compliquées, sinon, elles ne sont pas italiennes. 


mercredi 27 juillet 2011

L'Italie comme un jardin - Seconda parte

Voici venu le temps de la fameuse histoire de la fois où je suis allée faire faire ma carte de séjour, celle-là même qui me donne le droit de travailler et de bénéficier des services de soins de santé. Pour obtenir ladite carte, nous nous sommes présentés à la polizia di stato vendredi matin dernier, puisqu’ils ne traitent ce genre de demande que le vendredi matin. Punto. F. avait tâché d’appeler avant pour savoir exactement de quels documents nous aurions besoin une fois sur place, car les informations qu’il avait trouvées sur Internet n’étaient pas très claires, mais on lui a répondu qu’on ne pouvait lui fournir ces informations, que pour en savoir plus, il devait se présenter le vendredi matin. Un peu ridicule, puisque si tu arrives là sans avoir le nécessaire, tu devras attendre au vendredi suivant pour y retourner.

Les bureaux ouvrent à 8h00 ; nous sommes arrivés vers 7h45. Il y avait déjà une dizaine de personnes qui attendaient, de manière un peu désorganisée. Nous les avons rejointes, ne sachant pas trop derrière qui nous mettre, puisqu’il n’y avait pas de file à proprement parler. D’autres gens sont arrivés après nous, faisant face au même problème. Quand est venu le temps de faire entrer les gens pour leur donner un numéro, là, c’était le bordel. « Mais non, c’est moi qui suis arrivé en premier, pas lui », « Scusez, mais la madame là-bas, elle est arrivée bien avant vous », « C’est faux, je suis là depuis 7h30 ». F. et moi étions à la fois crampés et frustrés : une belle ligne droite aurait réglé tous les problèmes. Nous avons finalement été dépassés par un jeune couple de je ne sais trop quelle origine, qui se croyait tout permis parce qu’il était muni d’une poussette et de deux enfants. Soit.

L’attente fut plutôt longue – un peu plus de deux heures. Une fois notre tour venu, F. a expliqué notre situation au policier, qui devait être plus simple à gérer que celle de tous les gens qui nous entouraient, puisque je suis mariée à un citoyen italien. Les démarches n’étaient effectivement pas compliquées, seulement, comme prévu, il nous manquait des choses. Rien de majeur : il nous fallait simplement faire quelques photocopies de documents que nous avions déjà avec nous et acheter un timbre de 14,62 euros. Pourquoi le timbre ? Parce qu’ici, les services étatiques ne tiennent pas de caisse. Probablement pour éviter le vol et la corruption – qui aurait cru qu’il y avait de cela au pays de la mafia ! – ils demandent aux gens qui doivent payer certains frais de se rendre dans un comptoir postal pour acheter des timbres qui jouent le rôle de preuve de paiement. Ceux qui gèrent le comptoir postal doivent ensuite verser les argents perçus au gouvernement. Nous sommes donc allés acheter le super timbre et faire les photocopies à la tabaccheria la plus proche. En d’autres mots, c’est le gars du dépanneur qui m’a fait payer ma carte de séjour. Et celle-ci ne m’a coûté que 14,62 euros. C’est aussi cheap que le vin, quoi ! Quand je pense aux milliers de dollars que F. a dû débourser pour pouvoir immigrer au Canada, ça me fait halluciner…

Une fois que nous avions tout ce qu’il fallait, nous avons rempli le formulaire qu’on nous avait remis et sommes retournés voir le policier. Sans prendre de numéro cette fois. Parce que c’est comme ça que ça fonctionne : quand tu as déjà vu l’agent et que tu as simplement dû aller remplir des formulaires ou chercher des trucs, tu es autorisé à dépasser tout le monde. Beau chaos, encore une fois. Prochaine étape, de nous indiquer le policier : les empreintes digitales. Je me suis rendue dans une salle à l’arrière pour qu’un gentil monsieur prenne les empreintes de chacun de mes doigts et de mes deux paumes – ça y’est, si je fais un cambriolage et que j’oublie de mettre mes gants, ils vont tout de suite me retracer !

De retour au comptoir de l’agent – toujours en dépassant les autres – celui-ci nous fait remarquer qu’il y a une erreur sur notre certificat de mariage : au lieu d’être écrit que je suis née le 09-10-19**, il est inscrit que je le suis le 10-09-19**. Comme la date ne correspond pas à celle inscrite dans mon passeport, cela risque de causer des problèmes. Che cazzo ! « Je ferme seulement dans deux heures, vous avez le temps d’aller au bureau de je ne sais plus quoi pour vérifier si vous ne pouvez pas faire changer ça tout de suite et l’imprimer à nouveau. » Bon. Rembarque dans la voiture. Retourne voir le p’tit monsieur gentil de l’autre jour. Il cherche d’où vient l’erreur. Si elle vient de Montréal, on est dans la marde, car il va lui falloir communiquer avec le consulat montréalais, attendre leur réponse, bla bla bla. Finalement, non, l’erreur est la leur. Fiouh. Sauf que ça va lui prendre 2 heures à faire ses vérifications, changer les choses dans le dossier, faire valider le tout par une personne X, et… Deux heures. La polizia va être fermée et il va falloir attendre à vendredi prochain. Retourner attendre pas en file avec une bande d’immigrés qui ne connaissent pas les lignes droites, super. Devant notre désespoir apparent, l’aimable fonctionnaire nous a dit « D’accord. Je vous l’imprime tout de suite. Mais c’est au bord de ne pas être légal ce que je fais. » Vive les choses pas trop légales.

De retour à la polizia, encore une fois. Nouveau dépassement. Nous revoilà monsieur. Cette fois, il semble que tout y est et que nous allons pouvoir retourner chez nous. Heureusement, car on commence à avoir faim. L’agent nous précise que je devrais recevoir mes papiers vers la mi-août. (Rappelons que F. a attendu un an et demi avant d’avoir sa résidence permanente, qui est plus ou moins l’équivalent de ma carte de séjour. Sans commentaire.) F. lui demande quand je pourrai commencer à travailler : « Bien, tout de suite. Je ne vois pas pourquoi elle ne pourrait pas. Elle n’a qu’à aller se faire faire un code fiscal. Avec le reçu que je vous ai donné, il n’y en a pas, de problème. » Depuis lundi, j’ai donc un code fiscal qui me permet de travailler et d’obtenir des soins de santé. Ah, et j’ai aussi un médecin de famille. Une semaine après être arrivée en Italie, j’ai obtenu ce que 2 millions de Québécois attendent toujours.

Tout n’est pas parfait en Italie, mais il y a tout de même certaines choses qu’eux ont comprises et nous pas. 

vendredi 22 juillet 2011

Chacun ses priorités

Me revoici déjà pour vous raconter la suite de nos aventures. Je ne voulais pas trop perdre de temps cette fois, afin de ne rien oublier de ce qui s’est passé depuis notre arrivée à Carpi.

Lundi, première journée ici, rien à signaler. Nous nous sommes installés, avons défait nos valises et puis basta. Notre état de fatigue avancée ne nous permettait pas de faire autre chose.

Le lendemain, nous devions commencer à faire nos quelques devoirs administratifs, afin de régulariser ma situation ici. Il nous fallait premièrement aller chercher une copie de notre certificat de mariage traduit en italien. Nous sommes arrivés au bureau de je ne sais plus trop quelle police – parce qu’ici, c’est les polices qui gèrent tout (la polizia di stato, la polizia municipale, la polizia stradale, etc.) –, nous avons pris un numéro et attendu notre tour… pendant 10 secondes ! Nous nous sommes présentés au comptoir où était appelé le F18, F. a expliqué à l’homme derrière la vitre ce dont nous avions besoin et 35 secondes plus tard, nous avions le papier en main. F., lui-même surpris de la rapidité de la chose s’est exclamé « Siamo a posto così ? » (« Tout est correct comme ça ? »), et l’homme de répondre « Sì, sì, siamo a posto. Arrivederci. » Non seulement cela nous avait pris moins de deux minutes obtenir le document dont nous avions besoin, mais qui plus est, il ne nous a rien coûté. Pour vous donner une idée, afin d’obtenir le même type de document au Québec, ça coûte entre 28$ et 65$ – et ça prend plusieurs jours. Bref, jusque là, tout ce qu’on m’avait dit sur la bureaucratie italienne qui était supposément un vrai labyrinthe (ou « un casino », comme ils disent ici) m’apparaissait totalement faux.

Mercredi et jeudi, il ne s’est pas passé grand-chose. Nous avons fait quelques courses, afin de nous procurer quelques petits produits de base que nous avions dû laisser derrière nous au Canada. J’entrerai ici dans des détails plutôt intimes, mais bon, à quoi bon jouer les prudes, puisque je crois que l’anecdote en vaut la peine !

Nous avons entre autres choses laissé au Québec une bouteille de lubrifiant – et tous nos jouets sexuels, oui, oui, Nico, je t’entends faire la blague jusqu’ici. Rien de très excitant en fait, juste un petit gel tout inoffensif à base d’eau. Pas de saveur de fraise ou d’effet de chaleur bizarre. Le classique K.Y. que plusieurs utilisent, quoi. Nous nous étions dit que ça serait le genre de choses très facile à racheter, au même titre que la pâte à dents. Erreur.

Premièrement, il faut savoir qu’ici, les pharmacies style Jean-Coutu, ça n’existe pas. Pour acheter des cosmétiques, il faut aller dans une profumeria, pour les produits naturels, dans une erboristeria, pour les médicaments, dans une farmacia et pour toutes les autres cochonneries qu’on vend chez Jean-Cout’, eh bien, il y a les tabaccherie, les supermercati, et que sais-je encore. Tout ça pour dire qu’il faut d’abord savoir où se garocher pour trouver ce qu’on cherche. Enfin, la farmacia nous semblait l’endroit tout indiqué pour trouver du bon vieux K.Y.

Autre chose qu’il faut savoir : ici, dans les farmacie, très peu de produits se trouvent sur les tablettes en vente libre ; il faut très souvent demander au commis derrière le comptoir qu’il nous donne ce qu’on veut. On a donc demandé à la gentille demoiselle à la caisse si elle avait du lubrifiant. Elle n’avait pas trop l’air de comprendre de quoi on parlait. F. lui a expliqué, en lui épargnant les détails. Un éclair de compréhension subite a traversé ses yeux. Puis, elle a dit que malheureusement, elle n’en avait pas. Comme toutes les farmacie sont reliées entre elles par le même système informatique, elle a par contre pu nous dire qu’il y en avait dans l’inventaire d’une farmacia de Modena (qui se trouve à plus ou moins 20 minutes de voiture). Elle a ensuite cherché dans ses tiroirs, en quête d’un produit équivalent qui pourrait correspondre à nos besoins, en vain. Elle a bien essayé de nous vendre un lubrifiant qui venait sous forme de sachet, à plus de treize euros l’emballage d’une vingtaine de sachets, mais nous avons dit non merci. Il allait falloir faire 20 minutes de voiture pour avoir notre maudit lubrifiant.

Nous devions aller à Modena pour d’autres raisons, alors nous avons effectué un léger détour par la fameuse farmacia San Faustino pour acheter le gel magique. Encore une fois, F. a dû expliquer au pharmacien ce qu’était du gel lubrifiant. Même éclair de compréhension subite dans le regard. Il ne lui restait plus qu’une seule bouteille. Onze euros. Cher, mais on l’a prise. On n’allait pas commencer à faire le tour de l’Italie pour trouver de l’os#$%?& de lubrifiant à un prix raisonnable. En résumé, à tous ceux qui avaient l’intention de m’envoyer un cadeau de fête ou un cadeau de Noël par la poste : vous détenez là une très belle idée cadeau.

Vraiment, on n’a pas compris en quoi c’est si extraordinaire de vouloir acheter du foutu lubrifiant ! Soit que les Italiennes sont génétiquement dotées d’une lubrification naturelle extra efficace, soit qu’elles ne font pas l’amour très souvent. Et les gais eux – ainsi que tous ceux qui aiment bien faire la chose par la porte d’en arrière –, bordel, ils font quoi ? Ils utilisent de l’huile d’olive extra vierge pressée à froid ? Tiens, je pense que je viens de comprendre le sens des mots « extra vierge » sur la bouteille d’huile…

***

À lire au cours des prochains jours : la fois où je suis allée faire faire mon permis de séjour à la polizia di stato. Émotions garanties ! D’ici là, n’oubliez pas de répondre à mon nouveau petit sondage et d’aller voir les nouvelles photos que j’ai importées, soit celles prises hier soir lors d’un souper chez Alberto, un ami de F., en compagnie entre autres du sosie italien de Sean Penn – qui n’est malheureusement pas présent sur les photos ; j’ai étrangement préféré photographier du salami et des champs de vignes. Chacun ses priorités.

***

AJOUT: F. a les priorités à la bonne place davantage que moi: lui a pris une photo d'Andrea, alias Sean Penn. Fiouh!